Origine et histoire de l'Abbatiale
L’abbatiale de Beaulieu-sur-Dordogne trouve ses origines en 855, fondée par Raoul (ou Rodulfe) de Turenne, archevêque de Bourges, sur les terres familiales dites Bellus Locus. Formé à l’abbaye de Solignac, il y installe douze moines et dote le monastère de reliques romaines (saint Prime, saint Félicien, sainte Félicité), attirant pèlerins et dons. Les vicomtes de Turenne et le roi Eudes confirment ces donations, permettant à l’abbaye de prospérer grâce à ses domaines et son rôle spirituel.
Au XIe siècle, l’abbaye subit des conflits internes et externes, notamment avec les seigneurs de Castelnau. Hugues de Castelnau, abbé laïc, spolie ses biens avant de la placer sous l’autorité de Cluny en 1076, marquant une période de stabilité. La reconstruction débute alors : le chœur, le transept et la nef sont érigés avant 1130, suivis par la façade occidentale et le clocher (XIVe siècle). L’abbatiale, étape sur la route de Compostelle, incarne l’influence des courants artistiques du Quercy, du Limousin et de l’Auvergne.
La fin de l’union avec Cluny en 1213 relance les tensions avec les vicomtes de Turenne et les bourgeois locaux. Les Guerres de religion (XVIe siècle) transforment l’abbatiale en temple protestant (1569–1586), pillée et masquée par des constructions. Les moines, exilés, ne reviennent qu’en 1586, mais les bâtiments monastiques, détruits, ne sont relevés qu’au XVIIe siècle par les mauristes (1683–1699). La Révolution française réduit l’abbaye à son église, classée monument historique dès 1862.
Le tympan roman du porche sud, chef-d’œuvre sculptural, représente la Parousie (seconde venue du Christ) selon l’Évangile de Matthieu. Le Christ triomphant, entouré d’anges et d’apôtres, domine des monstres symbolisant les royaumes déchus ou les forces du mal. Cette vision, moins apocalyptique qu’à Moissac, souligne la victoire sur la Mort. La salle capitulaire, seule vestige claustral avec ses chapiteaux romans, sert de sacristie depuis 1903.
Les restaurations des XIXe et XXe siècles (Anatole de Baudot, architecte Chaîne) sauvent l’édifice après l’effondrement des voûtes en 1808. Le dégagement du chevet et la consolidation des structures préservent son authenticité. Aujourd’hui, l’abbatiale, entourée de ruelles étroites, témoigne de son passé monastique et de son rôle dans les pèlerinages médiévaux, tout en abritant un trésor liturgique et des vestiges mauristes.