Origine et histoire de l'Abbatiale de la Sainte-Trinité
L’abbatiale de la Sainte-Trinité de Morigny-Champigny fut d’abord un prieuré dépendant de l’abbaye Saint-Germer-de-Fly, installé à Étréchy en 1082 avant d’être transféré à Morigny vers 1095-1096 grâce à la donation d’Anseau, fils d’Arembert. Devenu abbaye autonome en 1106 sous l’abbé Renaud (1099-1109), le monastère connut un essor rapide, marqué par la consécration de son église en 1119 par le pape Calixte II en présence du roi Louis VI et de la cour. La Chronique de Morigny et des chartes conservées témoignent des conflits précoces avec les chanoines d’Étampes, notamment pour la collégiale Saint-Martin, finalement attribuée à Morigny après des décennies de litiges.
Sous l’abbé Thomas (1110-1140), l’abbaye accueillit en 1131 le pape Innocent II, qui y consacra un autel en présence de Bernard de Clairvaux et Pierre Abélard. Les querelles avec les chanoines d’Étampes, notamment sur le droit de sépulture, se poursuivirent malgré des interventions pontificales. L’abbaye prospéra jusqu’au XVIe siècle, période durant laquelle le chœur gothique et les collatéraux furent reconstruits (1525-1540) sous les abbés Jean de Salazar et Jean Hurault II. Cependant, l’effondrement partiel de la nef en 1575 et la commende à partir de 1560 marquèrent son déclin, aboutissant à sa fermeture en 1743.
Aujourd’hui, l’ancienne église abbatiale, classée Monument Historique en 1862, sert d’église paroissiale. Il n’en subsiste qu’une travée romane originale, des éléments gothiques du XVIe siècle (chœur, abside, contreforts), et une tour-clocher du XIVe siècle. La nef effondrée en 1575 fut remplacée par une place publique, et aucun vestige des bâtiments conventuels ou du logis abbatial n’a survécu. Les dalles funéraires, comme celle de Galéas de Salazar (†1522), rappellent son passé monastique.
La liste des abbés, des premiers réguliers (Renaud, Thomas, Macaire) aux commendataires (à partir de 1560), illustre son évolution institutionnelle. Parmi eux, Jean de Salazar et Jean Hurault II marquèrent l’apogée architecturale au XVIe siècle, tandis que des figures comme Théodore de Berziau (1599-1623), président au Parlement de Paris, incarnent la période de déclin sous la commende. Les sources historiques, comme la Chronique de Morigny et les travaux de dom Basile Fleureau (1668), restent essentielles pour reconstituer son histoire.
Le site conserve aussi un « château » post-médiéval (fin XVIe-début XVIIe siècle), peut-être bâti sur l’emplacement du palais abbatial, ainsi que des communs reconstruits au XIXe siècle après la destruction de la ferme de la basse-cour en 1838. Ces éléments, bien que postérieurs à la période monastique, témoignent de la réutilisation du domaine après la suppression de l’abbaye en 1743.