Origine et histoire de l'Abbatiale
L’abbaye Sainte-Marie de Léoncel fut fondée en 1137 par des moines de l’abbaye de Bonnevaux, sous l’impulsion de l’abbé Jean, dans un val isolé du Vercors à 900 m d’altitude. Son emplacement stratégique, proche des cols menant à la plaine de Valence et au partage des eaux entre Isère et Drôme, reflète une implantation réfléchie. L’église, commencée vers le milieu du XIIe siècle et consacrée en 1188, résulte de plusieurs campagnes de construction s’échelonnant jusqu’aux années 1230, illustrant une transition entre l’art roman robuste (chœur, abside voûtée en cul-de-four) et les prémices du gothique (nef à croisées d’ogives, influences bourguignonnes et auvergnates).
Les ravages de Raymond de Turenne en 1389–1390 laissèrent seule debout l’église, tandis que cloître et aile des convers ne furent jamais reconstruits. Au XVIIe–XVIIIe siècles, le déclin s’accéléra : régime de la commende (à partir de 1681), absentéisme des abbés, et conflits locaux affaiblirent la communauté. Les moines entreprirent néanmoins des modifications majeures (façade occidentale, coupole élargie, clocher remonté) et achevèrent vers 1730 un bâtiment d’habitation parallèle à l’église. La Révolution mit fin à la présence cistercienne en 1790, transformant l’abbatiale en église paroissiale.
Au XXe–XXIe siècles, le site connut un renouveau spirituel et artistique. En 1974, sœur Marie-Françoise Giraud s’y installa avec l’accord de l’évêque de Valence, suivie en 2018 par une ermite. En 2000, l’artiste Bernard Foucher y réalisa un mobilier liturgique contemporain (autel, ambon, sculptures du Christ). L’abbatiale, classée Monument Historique en 1840, conserve ainsi une double vocation : patrimoine médiéval préservé et lieu de vie religieuse toujours actif.
L’abbaye, fille de Bonnevaux, fut dirigée par une soixantaine d’abbés entre 1137 et 1790, dont certains marquèrent son histoire comme Dom Gauthey (1788–1789), moine cistercien connu pour ses travaux sur la communication à distance, étudiés par Condorcet. Les sources archéologiques et historiques (Chevalier, Sclafert, Wullschleger) soulignent son rôle dans l’architecture monastique alpine et son adaptation aux contraintes montagneuses.
Aujourd’hui propriété de la commune de Léoncel (Drôme, Auvergne-Rhône-Alpes), l’ancienne abbaye reste un témoignage exceptionnel de l’art cistercien en milieu isolé, alliant austérité médiévale et adaptations baroques. Son clocher de type alpin, son chevet pentagonal, et ses chapiteaux sculptés en font un joyau du patrimoine religieux dauphinois, ouvert à la visite et à la prière.