Origine et histoire de l'Abbatiale
L'abbatiale Notre-Dame de Mouzon, située dans les Ardennes, est l'ancienne église d'une abbaye bénédictine fondée au Xe siècle. Son évolution médiévale est liée aux reliques de saint Victor et saint Arnoul, attirant des pèlerins et nécessitant sa reconstruction aux XIIe et XIIIe siècles. L'édifice, de style gothique primitif, intègre des innovations comme des arcs-boutants dès l'origine, tout en conservant des tribunes héritées du roman. Ses dimensions modestes (65 m de long) permettent une vue d'ensemble harmonieuse, avec un jeu de lumière mettant en valeur son architecture et son mobilier religieux.
La fondation monastique remonte au VIIe siècle, avec une première église Notre-Dame établie par des moniales bénédictines. Au IXe siècle, les reliques de saint Victor y sont découvertes, mais les invasions vikings (882) détruisent la cité. Restaurée par l'archevêque Herivée (900-920), l'abbaye est réformée en 971 par Adalbéron de Reims, qui y installe des moines bénédictins et y dépose les reliques de saint Arnoul. L'affluence des pèlerins impose un agrandissement au XIIe siècle, inspiré par Saint-Denis, avec un chœur reconstruit en style gothique primitif. Un projet d'évêché à Mouzon, soutenu par l'archevêque Guillaume aux Blanches Mains, est finalement abandonné.
Un incendie en 1212 endommage partiellement l'édifice, entraînant la reconstruction de la nef et du transept dans un style homogène. Les tours, ajoutées au XVIe siècle, intègrent des éléments flamboyants. Au XVIIIe siècle, un orgue de Christophe Moucherel et un maître-autel baroque enrichissent l'intérieur. Pendant la Révolution, l'abbatiale est préservée en devenant église paroissiale, malgré la dissolution de la communauté monastique. Classée monument historique dès 1840, elle bénéficie d'une restauration majeure (1855-1890) dirigée par Émile Boeswillwald, qui modifie notamment la façade occidentale.
L'architecture de l'abbatiale se distingue par une nef à trois niveaux (grandes arcades, tribunes, triforium), des arcs-boutants précoces, et un chevet à chapelles rayonnantes. Le tympan du XIIIe siècle, sculpté de scènes religieuses (Dormition, martyres des saints locaux, vie de la Vierge), illustre un art gothique encore maladroit mais expressif. Un reclusoir, cellule austère près du chœur, témoigne de la diversité des pratiques religieuses médiévales, avec des occupantes attestées comme Mathilde de Villemontry (1197).
Le mobilier inclut un maître-autel baroque (1728), une chaire du XVIIe siècle, et des stalles sobrement sculptées. L'orgue, construit par Moucherel en 1725, survit malgré les pillages de 1917 et des restaurations successives. Les vitraux, détruits en 1940, sont remplacés par des verrières géométriques. La restauration du XIXe siècle, bien que salvatrice, altère certains éléments (façade, suppression d'une chapelle flamboyante) au nom de l'unité stylistique prônée par Viollet-le-Duc.
Aujourd'hui, l'abbatiale de Mouzon reste un exemple remarquable du gothique primitif, marqué par son histoire monastique, ses innovations architecturales et son rôle dans la vie religieuse locale, de l'époque médiévale à nos jours.