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Frise chronologique
1126
Fondation de l’abbaye
Fondation de l’abbaye
1126 (≈ 1126)
Don du village par Pierre de Lutzelbourg.
vers 1130–1180
Construction de l’abbatiale
Construction de l’abbatiale
vers 1130–1180 (≈ 1155)
Style roman tardif, chantier en une ou deux phases.
1525
Pillage pendant la guerre des Paysans
Pillage pendant la guerre des Paysans
1525 (≈ 1525)
Premières destructions majeures de l’abbaye.
1729–1733
Restauration et ajout du clocher-porche
Restauration et ajout du clocher-porche
1729–1733 (≈ 1731)
Travaux dirigés par Michel Meng.
1791
Vente comme bien national
Vente comme bien national
1791 (≈ 1791)
Disparition du couvent, église devenue paroissiale.
1840
Classement Monument historique
Classement Monument historique
1840 (≈ 1840)
Première campagne de restauration.
1874
Ajout de contreforts
Ajout de contreforts
1874 (≈ 1874)
Stabilisation de la nef menacée.
Aujourd'hui
Aujourd'hui
Aujourd'hui
Aujourd'hui (≈ 2025)
Position de référence.
Patrimoine classé
Eglise : classement par liste de 1840
Personnages clés
| Pierre de Lutzelbourg - Comte et donateur |
Fonda l’abbaye en 1126. |
| Michel Meng - Tailleur de pierre |
Conçut le clocher-porche en 1733. |
| Amélie d’Oberkirch - Abbesse (XVIe siècle) |
Dirigea peut-être la réalisation des tapisseries. |
| Charles Winkler - Architecte (XIXe siècle) |
Supervisa les contreforts en 1874. |
Origine et histoire
L’abbatiale Saint-Jean-Baptiste de Saint-Jean-Saverne, située dans le Bas-Rhin, est une ancienne église abbatiale construite au XIIe siècle pour une communauté de moniales bénédictines. Fondée après 1126, lorsque le comte Pierre de Lutzelbourg offrit le village de Megenhelmeswire à l’abbaye Saint-Georges, sa construction s’échelonna probablement entre 1130 et 1180, bien que les débats persistent sur la chronologie exacte. L’édifice, de style roman tardif, adopte un plan basilical sans transept, avec une nef et un chœur voûtés d’ogives, et une façade originelle « à l’italienne » dépourvue de tour.
Au fil des siècles, l’abbaye connut plusieurs pillages, notamment lors de la guerre des Paysans en 1525, puis un abandon progressif à partir de 1580. Au XVIIIe siècle, les moniales restaurèrent les bâtiments conventuels et modifièrent l’église : la nef fut rehaussée en 1729, et un clocher-porche baroque, œuvre du tailleur de pierre Michel Meng, fut ajouté en 1733. La Révolution française entraîna la dispersion des religieuses et la vente des bâtiments comme biens nationaux, tandis que l’église devint paroissiale.
Classée Monument historique en 1840, l’abbatiale fit l’objet de restaurations majeures au XIXe siècle, notamment en 1874 avec l’ajout de contreforts pour stabiliser la nef, menacée par l’affaissement du terrain. L’édifice abrite un mobilier remarquable, dont des tapisseries du XVIe siècle — peut-être réalisées par les moniales sous la direction de l’abbesse Amélie d’Oberkirch — et des ferrures romanes originales. Les débats historiographiques portent encore sur la datation précise de sa construction, opposant théories d’un chantier unifié (vers 1160–1170) ou en phases successives (nef vers 1130–1150, abside vers 1150–1170).
L’architecture de l’abbatiale reflète ces strates historiques : le chœur liturgique, richement sculpté de motifs végétaux et de visages, contraste avec la sobriété de la nef, tandis que le clocher-porche, orné d’une inscription commémorative de 1733 et d’une statue rococo de la Vierge, illustre l’influence baroque. Les dommages subis lors des conflits (incendies en 1644 et 1676, destruction partielle pendant la Révolution) et les restaurations ultérieures ont façonné son aspect actuel, mêlant héritage médiéval et adaptations modernes.
Les tapisseries, classées en 1969, témoignent de la vie culturelle de l’abbaye : bien que leur exécution maladroite suggère un travail amateur, leur diversité stylistique — alliant sujets religieux et profanes — révèle l’utilisation de modèles variés. Certaines furent vendues en 1931 ou volées en 1980, réduisant un ensemble autrefois plus important. Aujourd’hui, l’abbatiale reste un exemple emblématique du patrimoine roman alsacien, marqué par une histoire mouvementée et une architecture hybride.