Origine et histoire de l'Abbatiale Saint-Pierre-et-Saint-Paul
L’abbatiale Saint-Pierre-et-Saint-Paul, à Montier-en-Der (Haute-Marne), est l’église de l’ancienne abbaye bénédictine Notre-Dame de Montier-en-Der, dans le diocèse de Châlons-en-Champagne. Elle a été consacrée le 26 novembre 998 par l’évêque de Châlons-sur-Marne et est aujourd’hui l’église paroissiale, également connue sous le nom de Saint-Rémy. Le site de l’abbaye, entre la Voire et le Magnentin, correspondait au pavillon de plaisance nommé Puisies, puisé attribué à Childéric II ; sur la recommandation de saint Léger et d’Almaric, Chilpéric II en remit la propriété à Berchaire, abbé d’Hautvillers. En 672, saint Berchaire fonda le monastère, latinisé Monasterium Dervense, et le dota de vingt-et-un villages ; il y fit entrer comme premiers habitants huit hommes et huit femmes rachetés. Parmi les trésors du monastère figurait le diptyque des Nicomaque et des Symmaque, un ivoire trouvé dans le puits de l’abbaye et conservé jusqu’à la Révolution française.
Au IXe siècle, Haudo, abbé de Stavelot et du Der, réforma la communauté avec l’accord de Louis le Pieux et de Lothaire, remplaçant les clercs par des moines réguliers et recevant la donation du domaine de Dodiniaca curtis. Au milieu du IXe siècle, l’abbaye connut l’instauration d’un abbé laïc et la période d’aliénation des biens ecclésiastiques qui se prolongea parfois après l’an mille. L’abbaye atteint son apogée sous l’abbatiat d’Adson, mort en 992, qui entreprit la construction de l’église, achevée par son successeur Bérenger ; des grandes arcades de la nef subsistent de cette phase. En 1023, les reliques de saint Berchaire furent portées au concile d’Héry, événement qui illustra les tensions entre l’abbaye et la noblesse locale.
Dans la première moitié du XIe siècle, la nef reçut des tribunes et un massif antérieur à tours ; à la fin du XIIe siècle furent édifiés le chœur et la tour de façade, probablement achevés vers l’an 1200. Aux XIIIe et XIVe siècles, une nouvelle prospérité entraîna la reconstruction des bâtiments monastiques et du chœur ; l’abbé Ferry, au XIVe siècle, fit élever la chapelle des fonts au nord du chœur. L’abbaye fut donnée en commende en 1499 ; après les dommages causés par les conflits des siècles précédents, François de Dinteville, abbé commendataire et évêque d’Auxerre, fit d’importantes réparations, reconstruisit la façade, démolit la tour septentrionale et remplaça les charpentes des tribunes par des voûtes, tout en affranchissant les habitants du bourg moyennant un paiement. Plus tard, Charles de Lorraine, abbé commendataire, organisa en 1556 des travaux pour réparer les flèches et les toitures, démolir les bâtiments en bois et renforcer l’enceinte de l’abbaye par des tours, un pont-levis et une herse.
L’abbaye s’affilia à la congrégation de Saint-Vanne en 1659 ; un incendie de 1735 détruisit les bâtiments abbatiaux, reconstruits en 1773. À la Révolution, l’église paroissiale Saint-Rémy fut détruite et l’abbatiale, jusque-là inoccupée, devint le lieu de culte pour la paroisse. Créé par décret impérial en 1806, le haras de Montier-en-Der s’installa en 1812 dans les bâtiments abbatiaux et accueillit un institut régional consacré au cheval ardennais ; les bâtiments abbatiaux furent rasés en 1860 et les installations du haras entièrement reconstruites à partir de cette date, puis inscrites au titre des monuments historiques en 2015.
Grâce à l’intervention de Prosper Mérimée, Émile Boeswillwald procéda à la restauration du chœur, de la chapelle axiale et du déambulatoire dans les années 1851–1855 et 1860–1863. Un incendie en 1893 détruisit la charpente de la nef ; Paul Louis Boeswillwald la reconstruisit entre 1896 et 1901, ainsi que les parties hautes du clocher. Bombardée et incendiée le 14 juin 1940, l’église fut reconstruite dès 1941 sous la direction de Jacques Laurent ; la nef fut presque entièrement refaite et achevée dans les années 1950, et la flèche de la tour, remontée en 1982 selon les plans de Jean‑Baptiste Bouchardon du XVIIIe siècle, retrouva sa silhouette.
De l’ensemble monastique il ne subsiste que l’abbatiale, dont la construction révèle des influences diverses. Très endommagée en 1940, la nef a été restaurée ; l’élévation intérieure, datée de la fin du Xe siècle, se distingue par son étagement en trois niveaux et par les arcades des tribunes du XIe siècle. L’édifice mêle des aspects pré‑romans pour la nef et un chevet clairement gothique, faisant du chœur un des rares exemples de l’architecture gothique champenoise aux côtés de Laon et Noyon. L’église conserve statuaire, vitraux dont certains datent de 1860, la Vierge de Boulancourt et le diptyque des Nicomaque et des Symmaque. Classée au titre des monuments historiques dès la liste de 1862, l’abbatiale est également le point de départ de la « route des églises à pans de bois et vitraux de Champagne ».
Depuis sa fondation en 672 jusqu’à la fin de l’Ancien Régime, la charge abbatiale a été tenue par une longue succession d’abbés, parmi lesquels le fondateur Berchaire, plusieurs réformateurs (Hatton, Albéric, Adson, Rodolphe) et, à l’époque moderne, des abbés commendataires issus de familles ecclésiastiques et princières, jusqu’à Anne‑Antoine‑Jules de Clermont‑Tonnerre à la veille de la Révolution.