Origine et histoire de l'Abbatiale Saint-Pierre-et-Saint-Paul
L'abbatiale Saint-Pierre-et-Saint-Paul de Wissembourg, située dans le Grand Est, trouve ses origines vers 660, fondée par des nobles austrasiens sur une île de la Lauter. Une charte apocryphe attribue cette fondation au roi Dagobert, mais les historiens contemporains l’attribuent plutôt à l’évêque de Spire, Dragobod, comme en témoigne un manuscrit de 661. L’abbaye, richement dotée, devint l’une des plus influentes du Saint-Empire romain germanique, accumulant des terres en Alsace, dans le Palatinat rhénan et sur la rive droite du Rhin. Elle joua un rôle clé dans le défrichement et le développement agricole, tout en abritant une vie culturelle intense, comme en témoigne le Catéchisme de Wissembourg (fin VIIIe siècle) et les œuvres du moine Otfried, auteur du Krist, une paraphrase versifiée de l’Évangile.
Au XIe siècle, sous l’abbatiat de Samuel (1056–1096), l’abbaye connut une reconstruction majeure, incluant la tour occidentale, encore visible aujourd’hui. La règle bénédictine, introduite par saint Pirmin en 753, et la réforme de Gorze au Xe siècle renforcèrent son prestige. L’abbaye obtint le statut d’Immediateté impériale en 974, la plaçant sous l’autorité directe de l’Empereur, et fut le théâtre de conflits avec les évêques de Spire et les seigneurs locaux. Au XIIIe siècle, sous l’abbé Edelin (1262–1293), l’abbatiale fut reconstruite dans le style gothique, avec un chœur polygonal, un transept imposant, et une nef à cinq vaisseaux. Les vitraux, fresques et décors intérieurs, partiellement conservés, reflètent cette période faste.
La Réforme protestante au XVIe siècle marqua un tournant : l’abbaye fut sécularisée en collégiale en 1524, et ses biens dispersés. La Révolution française acheva sa transformation, supprimant le chapitre en 1789 et détruisant une partie de ses archives et de son mobilier. Malgré ces bouleversements, l’abbatiale resta un symbole architectural, classée Monument Historique en 1930. Ses orgues, dont celui de Louis Dubois (1766) restauré en 2012, et ses vitraux médiévaux, comme la rose romane du XIIe siècle, témoignent de son héritage artistique. La flèche, reconstruite après des incendies en 1667 et 1883, domine toujours la ville, rappelant son passé impérial et monastique.
L’abbatiale illustre les transitions stylistiques entre roman et gothique, avec une tour-clocher du XIe siècle, un chœur inspiré de la cathédrale de Toul, et une nef aux chapiteaux sculptés de drôleries. Son cloître, ses peintures murales des XIVe et XVe siècles, et son lustre médiéval (disparu en 1793) soulignent son rôle central dans la vie religieuse et culturelle alsacienne. Aujourd’hui, elle incarne à la fois un patrimoine architectural exceptionnel et une mémoire historique complexe, entre Empire, Église et Révolution.