Origine et histoire de l'Abbatiale Saint-Sauveur
L’abbatiale Saint-Sauveur d’Aniane, située dans l’Hérault, trouve ses origines dans une abbaye fondée en 782 par Witiza (devenu Benoît d’Aniane après son entrée dans les ordres en 774). Ce monastère devint un centre clé de la réforme bénédictine, notamment sous l’impulsion des moines mauristes au XVIIe siècle. Les religieux de la congrégation de Saint-Maur entreprirent une reconstruction majeure du site à partir de 1635, comme en témoigne le plan de 1656 attribué à Denis Plouvier. L’église actuelle, les bâtiments conventuels et le cloître furent édifiés entre la seconde moitié du XVIIe siècle et la Rvolution, avec une façade achevée en 1714.
La Révolution française marqua un tournant : l’abbaye fut vendue comme bien national, et l’abbatiale devint une église paroissiale. Les bâtiments conventuels, quant à eux, furent transformés en filature de coton, puis en maison de détention à partir de 1845. Malgré ces changements, le site conserve une architecture monastique d’Ancien Régime remarquable, avec un vaisseau central flanqué de chapelles, une coupole sur la croisée du transept, et un chevet polygonal. Aucune trace ne subsiste cependant de l’abbaye médiévale du VIIIe siècle, fondée par saint Benoît d’Aniane, futur conseiller de Charlemagne.
L’abbatiale Saint-Sauveur fut classée Monument historique en 2002, reconnaissant ainsi sa valeur patrimoniale. Les archives nationales conservent les plans originaux des mauristes, illustrant leur approche rationnelle : les bâtiments conventuels, organisés autour de l’église et du cloître, furent construits par campagnes successives (aile nord vers 1714, aile ouest entre 1661-1680, aile sud au début XVIIIe siècle, aile est entre 1770-1790). Aujourd’hui, l’église reste un témoignage unique de l’architecture religieuse post-Tridentine en Occitanie, tandis que les anciens bâtiments abbatiaux, bien que remaniés, conservent leur structure d’origine.
Le vocable actuel de l’église, Saint-Sauveur, rappelle son rôle paroissial depuis la Révolution, tandis que le site est parfois désigné sous le nom d’abbaye Saint-Benoît, en hommage à son fondateur. Les transformations du XIXe siècle (filature, prison) n’ont pas altéré l’essentiel de son patrimoine architectural, faisant de ce lieu un exemple rare et complet d’ensemble monastique d’Ancien Régime en France.