Origine et histoire de l'Abbatiale Saint-Sauveur
L’abbatiale Saint-Sauveur de Redon, fondée au IXe siècle par le moine Conwoïon sous la protection du roi Nominoé, est un édifice marquant de l’histoire bretonne. L’église primitive, détruite par les raids normands, est reconstruite au XIe siècle dans un style roman, avec une nef imposante et un chœur à déambulatoire. Au XIIe siècle, la tour de croisée, inspirée des modèles aquitains, est érigée sous l’impulsion du duc Alain IV Fergent, symbolisant l’affirmation du pouvoir breton.
Un incendie en 1230 ravage l’édifice, entraînant une reconstruction majeure du chœur entre 1260 et 1300 dans un style gothique rayonnant, inspiré de la basilique Saint-Denis. Les verrières hautes, ornées des portraits des ducs Jean Ier et Jean II, attestent de l’achèvement du chantier vers 1300. La guerre de Succession de Bretagne (1341) interrompt le projet de façade monumentale, ne laissant qu’un clocher nord isolé, achevé au début du XIVe siècle.
Au XVe siècle, le duc François Ier de Bretagne, protecteur de l’abbaye, fait construire la « chapelle au duc » (1440), intégrée à l’enceinte urbaine. Les Mauristes, au XVIIe siècle, transforment les bâtiments conventuels et ajoutent un retable baroque dans le chœur. Un incendie en 1780 détruit cinq travées de la nef, isolant définitivement le clocher et obscurcissant l’intérieur par la suppression des fenêtres hautes. L’abbatiale, classée Monument Historique en 1862, devient paroissiale après la Révolution.
L’architecture de l’abbatiale mêle influences romanes, gothiques rayonnantes et anglaises. Le chevet, en pyramide harmonieuse, rappelle Saint-Denis, tandis que le transept conserve des chapiteaux romans et une coupole sur trompes. La nef, initialement de douze travées, est réduite à six après 1780. Le mobilier inclut le tombeau du duc François Ier (XVe siècle), un retable monumental offert par Richelieu (1634), et deux orgues des XIXe–XXe siècles.
Classée parmi les premiers Monuments Historiques de France (1862 pour l’église, 1875 pour le clocher), l’abbatiale abrite aussi des statues, des tableaux du XVIIe siècle, et des fonts baptismaux du XIXe. Son histoire reflète les liens étroits entre l’Église, la noblesse bretonne et les conflits régionaux, des raids vikings à la Chouannerie. Aujourd’hui, elle reste un lieu de culte actif et un témoignage majeur du patrimoine religieux breton.