Origine et histoire de l'Abbatiale Saint-Yved de Braine
L’abbatiale Saint-Yved de Braine, située dans les Hauts-de-France, est une ancienne église abbatiale fondée au XIIe siècle par Agnès de Baudement, épouse de Robert Ier de Dreux. Initialement dédiée à saint Yved, dont les reliques y furent transférées au IXe siècle, elle devint un lieu de sépulture pour les comtes capétiens de Dreux. L’édifice, d’architecture gothique précoce, se distingue par sa tour-lanterne de 33 mètres et son chevet à chapelles rayonnantes, inspirant plus tard des constructions comme l’abbatiale Saint-Michel de Laon.
À l’origine chapitre de chanoines séculiers, l’abbaye fut cédée aux Prémontrés en 1130 par l’évêque de Soissons. La construction, rapide grâce au mécénat princier, s’acheva vers 1208, avec une consécration solennelle en 1216. Le tympan sculpté du portail, sauvé de la destruction, fut reconstitué a posteriori, tandis que les verrières médiévales, dispersées après la Révolution, ornèrent partiellement la cathédrale de Soissons. L’abbatiale abritait aussi des tombes en cuivre émaillé, aujourd’hui connues par des dessins conservés à Oxford.
La Révolution française marqua un tournant tragique : l’abbaye, pillée et transformée en écurie, perdit son mobilier, ses statues et son jubé du XVIe siècle. Au XIXe siècle, des restaurations controversées (1828–1837) supprimèrent quatre travées de la nef et le massif occidental, réduisant l’édifice à sa structure actuelle. Classée dès 1840, l’église devint paroissiale et fut dotée au XXe siècle de vitraux remarquables par Jacques Gruber (1924–1929), mêlant tradition et modernité.
Les conflits mondiaux aggravèrent les dégradations : la flèche de pierre, détruite en 1628 puis remplacée, disparut définitivement après 1944. Malgré ces vicissitudes, l’abbatiale reste un témoignage majeur de l’art gothique primitif, avec son élévation à trois niveaux et son plan symétrique, salué par Viollet-le-Duc. Des campagnes récentes (2020–2021) ont visé à préserver ce patrimoine, estimé à 4 millions d’euros.
Nécropole des comtes de Dreux — branche cadette des Capétiens —, le site abritait les sépultures de Robert Ier et Agnès de Baudement, ainsi que celles de leurs descendants, dont Pierre Ier de Bretagne. Les reliques de saint Yved et saint Victrice, vénérées jusqu’à la Révolution, furent translatées à Rouen au XIXe siècle. Aujourd’hui, l’abbatiale allie mémoire princière, héritage religieux et prouesse architecturale, incarnant près de neuf siècles d’histoire.
Le chartrier de l’abbaye, étudié par l’École des chartes, révèle une vie monastique riche, entre dévotion, pouvoir seigneurial et rayonnement culturel. Les fouilles et archives (comme les dessins Gaignères) éclairent son passé, tandis que les vitraux de Gruber, allégories des vertus mariales ou scènes bibliques, dialoguent avec les vestiges médiévaux. Classée parmi les premiers monuments historiques de France, Saint-Yved de Braine demeure un joyau méconnu du gothique champenois-picard.