Origine et histoire de l'Abbatiale Sainte-Croix
L’abbatiale Sainte-Croix de Bordeaux, fondée au VIIe siècle par des moines bénédictins, fut détruite à plusieurs reprises (par les Sarrazins en 730, puis les Normands au IXe siècle) avant d’être reconstruite à la fin du XIe et au début du XIIe siècle. L’église actuelle, de style roman saintongeais, adopte un plan en croix latine avec une nef de cinq travées, un transept et une abside polygonale. Son portail sculpté, riche en symboles (zodiaque, vieillards de l’Apocalypse, vices humains), illustre une réflexion théologique sur la vie et la rédemption. L’orgue monumental, réalisé en 1750 par le moine Dom Bedos de Celles, est considéré comme un chef-d’œuvre de facture classique française.
Au XVIIIe siècle, l’abbaye, en déclin, est partiellement reconstruite par les Mauristes (1664-1672). Après la Révolution, l’église devient paroissiale, tandis que ses bâtiments conventuels abritent successivement un hospice (1793) puis l’École des beaux-arts (1890). Restaurée par Paul Abadie entre 1861 et 1865, qui y ajoute un clocher symétrique, elle conserve des œuvres majeures comme les toiles de Guillaume Cureau et l’Exaltation de la Croix d’A. Bourgneuf. Classée Monument Historique dès 1840, elle reste un témoignage exceptionnel de l’art roman aquitain et de l’héritage bénédictin.
Saint Mommolin, abbé de Fleury-sur-Loire mort à Bordeaux vers 679, est vénéré comme patron local pour ses miracles supposés contre les maladies mentales. Son culte, florissant jusqu’à la Révolution, est évoqué par des anneaux encore visibles sur les piliers de l’église, utilisés pour attacher les possédés en quête de guérison. Les reliques du saint, cachées pendant les troubles révolutionnaires, sont aujourd’hui conservées dans une chapelle latérale. Deux tableaux du XVIIe siècle le représentent, perpétuant sa mémoire dans le patrimoine bordelais.
L’orgue Dom Bedos, démonté en 1811 pour la cathédrale Saint-André, est restitué à Sainte-Croix en 1970 après un long exil. Sa restauration (1984-1997) par Pascal Quoirin redonne vie à ses 45 jeux répartis sur cinq claviers, faisant de cet instrument un fleuron du patrimoine musical français. Le buffet, débarrassé de sa peinture brune au début des années 1990, retrouve sa polychromie d’origine, tandis que l’inauguration en 1997, avec des concertistes renommés, consacre son rayonnement international.
L’abbatiale, intégrée au secteur pastoral Saint-Jean depuis 2021, reste un lieu de culte actif malgré des épisodes de vandalisme. Un groupe de paroissiens assure désormais son ouverture les vendredis après-midi et certains dimanches. Son histoire reflète les bouleversements religieux et politiques de la Gironde, des invasions mérovingiennes à la sécularisation révolutionnaire, en passant par les réformes mauristes et les restaurations du XIXe siècle.
Les abbés de Sainte-Croix, comme Arnaud Trencard (XIe siècle) ou Guillaume le Bon (Xe siècle), ont joué un rôle clé dans l’expansion du domaine monastique, incluant des villes comme Soulac ou Saint-Macaire. Leurs conflits avec les ducs d’Aquitaine, notamment pour le contrôle des moulins et des droits hydrauliques sur l’Eau Bourde, illustrent l’importance économique de l’abbaye au Moyen Âge. Les listes d’abbés, des origines à la commende (XVe siècle), témoignent de son influence spirituelle et temporelle sur la région.