Origine et histoire de l'Abbatiale Sainte-Glossinde
L’abbatiale Sainte-Glossinde de Metz est l’église d’une ancienne abbaye bénédictine fondée vers 604 par Glossinde de Champagne, fille du duc Wintrio. Selon la légende, Glossinde, refusant un mariage forcé, se réfugie à la cathédrale de Metz où un ange lui remet le voile des moniales. Son père, résigné, lui offre alors un terrain près des remparts pour y fonder un monastère bénédictin, peuplé de cent vierges consacrées. Glossinde meurt en 610, et ses reliques, vénérées pour leurs miracles, sont transférées en 836 dans l’église principale du couvent, qui prend son nom.
Au fil des siècles, l’abbaye subit de nombreuses transformations. Au Xe siècle, l’évêque Adalbéron Ier restaure ses biens et fait construire une nouvelle église en 951. Au XVe siècle, des fortifications militaires imposent la destruction partielle du monastère. En 1552, Metz passe sous contrôle français, et le monastère est partiellement enseveli sous des remparts. Au XVIIe siècle, l’abbesse Louise de La Valette restaure l’abbaye, rebâtit l’église et rétablit la règle bénédictine. Son épitaphe, gravée en 1647, témoigne de son œuvre.
Entre 1680 et 1719, les sœurs Texier d’Hautefeuille, soutenues par Bossuet, réforment spirituellement et matériellement l’abbaye. En 1752, face à la ruine de l’édifice, les abbesses Marguerite-Vincente et Marguerite-Éléonore Hotman lancent la construction d’une nouvelle église de style rococo, achevée en 1756. Charles de Belle-Isle, gouverneur des Trois-Évêchés, participe à sa reconstruction. La fresque de la coupole, peinte par Jean Girardet en 1756, et le maître-autel en marbre du XVIIIe siècle en sont les joyaux.
La Révolution française marque un tournant brutal. En 1792, les religieuses, dont l’abbesse Élisabeth Claire de Choiseul Beaupré, sont expulsées. L’église, vidée de son mobilier, sert de dépôt de grains puis d’étable pour les bœufs de l’armée. Les bâtiments deviennent un hôpital ambulant. En 1802, l’abbaye est attribuée à l’évêque Pierre-François Bienaymé, marquant le début de sa vocation actuelle comme siège épiscopal. Entre 1805 et 1827, elle abrite aussi les grands et petits séminaires.
Au XIXe siècle, l’architecte Nicolas-Maurice Derobe restaure l’abbaye et construit un nouveau portail ionique en 1816. L’orgue Cavaillé-Coll, installé en 1864, et les vitraux du choriste Fritz Geiges (1908) complètent son patrimoine. En 1909, une dernière restauration précède son classement partiel comme monument historique en 1978. Aujourd’hui, l’abbatiale reste le siège de l’évêché de Metz, avec des espaces administratifs et une chapelle ouverte exceptionnellement lors des Journées du patrimoine.
L’architecture rococo de l’abbatiale, unique à Metz, se distingue par sa nef courte réservée aux moniales et son transept pour les laïcs. Le décor sculpté, la fresque apocalyptique de Girardet, et le mobilier liturgique (autels, confessionnaux, lutrin) en font un chef-d’œuvre baroque. Les cryptes gallo-romaines, les épitaphes des religieuses dans la crypte, et l’armoire-autel de la Révolution rappellent son histoire millénaire, mêlant spiritualité, pouvoir politique et adaptations militaires.