Origine et histoire de l'Abbaye aux Dames
L’abbaye aux Dames de Caen, ou abbaye de la Sainte-Trinité, est un monastère bénédictin fondé vers 1060 par Guillaume le Conquérant et Mathilde de Flandre. Elle fait partie des deux grandes abbayes caennaises, avec l’abbaye aux Hommes, édifiées pour des raisons à la fois religieuses (expiation après leur mariage prohibé) et politiques (affirmation du pouvoir ducal en Basse-Normandie). Son église abbatiale, dédiée à la Trinité, abrite depuis 1083 le tombeau de Mathilde, épouse de Guillaume.
Les travaux de l’abbatiale débutent en 1062 et s’achèvent en 1130, avec une dédicace partielle en 1066, année de la préparation de la conquête normande de l’Angleterre. L’abbaye, richement dotée, devient un symbole du pouvoir normand. Au XVIIe siècle, l’abbesse Laurence de Budos réforme la communauté, et les bâtiments conventuels sont reconstruits au XVIIIe siècle, bien que le cloître reste inachevé à la Révolution.
Sous la Révolution, les bénédictines sont expulsées en 1791. L’abbaye devient ensuite un hospice (Hôtel-Dieu puis hospice Saint-Louis) jusqu’en 1983, avant d’accueillir le conseil régional de Basse-Normandie (1986-2015), puis de Normandie (depuis 2016). L’église, restaurée aux XIXe et XXe siècles, conserve des éléments romans (crypte, nef) et gothiques (transept), ainsi qu’un tympan controversé du XIXe siècle représentant la Trinité.
Le site, classé monument historique, illustre l’architecture religieuse normande, avec une nef à voûtes d’ogives (première de Normandie, 1130) et un chœur sur crypte. La façade, moins austère que celle de l’abbaye aux Hommes, mêle arcs-boutants, arcatures aveugles et ajouts classiques. Le tombeau de Mathilde, dans le chœur, porte une épitaphe latine célébrant sa piété et son rôle dans la fondation de l’abbaye.
L’abbaye aux Dames, avec son pendant masculin, marque l’apogée de Caen comme capitale secondaire de la Normandie. Son histoire reflète les liens entre pouvoir ducal, religion et urbanisation, ainsi que les bouleversements révolutionnaires et les réaffectations modernes. Aujourd’hui, elle incarne à la fois un patrimoine médiéval préservé et une institution politique régionale.