Origine et histoire de l'Abbaye bénédictine
L'ancienne abbaye bénédictine de Saint-Papoul, située dans l'Aude près de Castelnaudary et Carcassonne, fut le siège du diocèse de Saint-Papoul de 1317 jusqu'à la Révolution et son église abbatiale devint cathédrale ; aujourd'hui elle figure parmi les sites du Pays cathare et reçoit, depuis 2009, l'évêque titulaire de Saint-Papoul. L'ensemble est protégé au titre des monuments historiques, avec un classement dès 1846 et une inscription en 2007. Aux abords de la porte de l'enclos abbatial subsistent les vestiges de maisons canoniales : deux parcelles et une façade sans son épaisseur, remaniées au XIXe siècle, tandis que le pignon nord de la dernière maison conserve des traces d'architecture gothique, dont une baie géminée à arc trilobé. Douze chanoines logeaient à l'intérieur de l'enceinte de la cité cathédrale ; près du ruisseau la plupart des maisons furent abattues au début du XIXe siècle et il ne reste que deux bâtiments à l'est qui marquent encore les limites du quartier canonial. Les traditions hagiographiques concernant saint Papoul sont diverses : l'une le fait disciple de saint Sernin venu évangéliser le Lauragais, une autre le rattache à saint Pierre et situe un ermitage dédié à saint Pierre dans la grande forêt dite d'Antioche ; ces récits, élaborés tardivement, associent le culte de Papoul à celui de Saturnin. Selon la légende du martyre, Papoul aurait été décapité au lieu-dit « L'Ermitage » et une source jaillit à l'endroit de sa décapitation ; une chapelle construite dans le vallon des Arnouls fut détruite à la Révolution, reconstruite en 1821 et devint l'objet d'une procession annuelle. La tradition attribue l'établissement à des ermites du VIIIe siècle et l'abbaye est mentionnée au capitulaire de 817 parmi les abbayes de troisième classe ; elle réapparaît ensuite dans les sources au XIe siècle avec l'abbé Raimond et accueille le moine saint Bérenger, dont la tombe fut un lieu de pèlerinage. Diverses mentions placent l'abbaye sous l'autorité ou en relation avec d'autres établissements monastiques aux XIIe et XIIIe siècles, et elle acquit des seigneuries tout en octroyant des droits aux habitants pour le développement du village. Pendant la croisade des Albigeois l'abbaye eut un rôle secondaire ; un seigneur cathare y fut inhumé et l'établissement connut des épisodes de prise ou de libération liés aux troubles du XIIIe siècle. Les parties romanes de l'abbatiale — la tour-porche, une grande partie du chœur, l'abside et l'absidiole nord — remontent à la fin du XIIe ou au début du XIIIe siècle, et plusieurs chapiteaux et modillons sont attribués au Maître de Cabestany. Des interventions postérieures ont percé des fenêtres hautes dans le chevet roman et déplacé certains modillons, tandis que des vestiges plus anciens affleurent à la jonction du chœur et de la nef. Le cloître, placé le long du mur méridional de l'église, remonte à la fin du XIIe ou au début du XIIIe siècle et fut rebâti au XVe siècle avec des fragments anciens ; il présente un gothique languedocien typique, avec arcades en plein cintre, colonnettes géminées, chapiteaux végétaux et animaliers et scènes historiées contre les piliers. L'église abbatiale conserve une nef unique de quatre travées surmontée d'une voûte en berceau brisé ; l'entrée occidentale se faisait autrefois par un portail roman aujourd'hui muré qui donnait sur la tour-porche massive. Sur le flanc nord de la nef s'ouvrent quatre chapelles dédiées respectivement à Notre-Dame de la Compassion, à saint Pierre et saint Paul, à Notre-Dame du Rosaire et à saint Jean-Baptiste ; au sud se trouve la chapelle de saint Papoul, qui abrite une statue du saint portant une calotte crânienne. Le chœur voûté en cul-de-four présente un décor en trompe-l'œil de style baroque du début du XVIIIe siècle et est séparé de la nef par un baldaquin monumental en bois sculpté, doré et peint ; l'absidiole nord est romane tandis que l'absidiole sud a été remplacée par une chapelle gothique. À l'extérieur, le chevet roman conserve une toiture en dalles taillées en « écailles de poisson » et des sculptures du Maître de Cabestany ornent l'abside et l'absidiole nord, bien que certains modillons aient disparu. La salle capitulaire, édifiée en même temps que le cloître, porte une voûte en croisée d'ogives ornée des armes de l'abbé Bernard de La Tour, dernier abbé et premier évêque de Saint-Papoul. Le réfectoire, vaste salle soutenue par quatre arcs diaphragmes et une charpente en bois, fut abaissé au XVIIIe siècle ; on y observe un tronçon d'escalier en colimaçon menant autrefois à la chaire du lecteur et la pièce accueille aujourd'hui des vitrines et une exposition permanente de moulages d'œuvres du Maître de Cabestany. Le mobilier de l'abbatiale, en grande partie daté du XVIIIe siècle et protégé au titre des monuments historiques, comprend notamment des stalles, un lutrin, un groupe de Vierge de Pitié, un tableau du XVIIe siècle représentant la Crucifixion entourée de saints, des bustes-reliquaires et le monument funéraire de François-Jean de Donadieu. L'orgue, installé en 1740 par Pierre de Montbrun et transformé au milieu du XVIIIe siècle par Jean-François Picard L'Épine avec l'intervention du sculpteur Guillaume Rastouil, a subi des modifications au XIXe siècle ; le buffet et la partie instrumentale ont été classés séparément au XXe siècle. L'édifice a subi pillages et dommages aux XIVe, XVe et XVIe siècles, a connu d'importantes restaurations aux XVIIe et XVIIIe siècles et, à la Révolution, l'évêché fut supprimé tandis que la cathédrale devint église paroissiale.