Origine et histoire de l'Abbaye
L'ancienne abbaye Notre‑Dame d'Abondance, située en Haute‑Savoie, trouve son origine au début du XIIe siècle : un prieuré est attesté avant 1108 et l'abbaye apparaît dans les sources entre le début du XIIe siècle et 1139. Elle relève d'abord des chanoines réguliers de saint Augustin, puis est confiée aux cisterciens réformés de la congrégation des Feuillants à partir de 1606 jusqu'à sa suppression en 1761. Les bâtiments ont été plusieurs fois incendiés et reconstruits aux XVe, XVIIe et XVIIIe siècles ; des travaux importants ont commencé autour de 1280 et se sont poursuivis jusqu'au milieu du XIVe siècle. Le cloître actuel, élevé sous l'abbatiat de Jean IV entre 1330 et 1350, a été décoré au XVe siècle par un atelier piémontais proche de Giacomo Jaquerio, qui a réalisé un cycle peint consacré à la vie de la Vierge. Les peintures, datées de la première moitié du XVe siècle et souvent placées autour de 1430, comptaient une vingtaine de scènes dont seize subsistent de façon plus ou moins fragmentaire ; elles mêlent scènes bibliques et représentations très détaillées de la vie quotidienne et des paysages régionaux. Ce cycle met en valeur le culte marial des chanoines et comporte des allusions politiques, notamment par la présence d'écussons de la maison de Savoie et d'éléments architecturaux identifiables de la région. Le cloître conserve également un riche décor sculpté en molasse : clés de voûte ornées des signes du zodiaque ou des travaux des mois, chapiteaux végétaux ou géométriques, consoles figurées et la porte de la Vierge dont le tympan représente la Vierge en majesté entourée d'anges. L'abbatiale, commencée vers 1275 et probablement achevée au XIVe siècle, présente un chevet développé avec déambulatoire et sept chapelles rayonnantes ; on y observe encore des colonnes romanes aux chapiteaux sculptés. Au fil des siècles, l'église a subi des destructions et des remaniements : la nef a été rebâtie et amputée de ses collatéraux, le clocher a été reconstruit à plusieurs reprises et des travées occidentales et une façade ont été ajoutées à la fin du XIXe siècle. Le couvent, implanté au sud de l'église autour du cloître, articule sacristie, salle capitulaire, réfectoire, cuisine — conservée — et cellules réparties sur plusieurs niveaux, le chauffoir occupant une place centrale au premier étage. Les documents et les études conservent la succession des prieurs et des abbés depuis 1108, témoignant de l'importance institutionnelle et territoriale de la maison, qui possédait de nombreuses dépendances et propriétés. Après la fermeture définitive en 1761, les bâtiments sont vendus comme biens nationaux à la Révolution, rachetés en 1836 par la famille Sallavuard, puis partiellement acquis par la commune et l'État ; l'ensemble de l'abbaye figure dès 1875 sur la liste des monuments historiques et le cloître a été classé en 1900. Les peintures ont été redécouvertes en 1862 et ont fait l'objet de plusieurs campagnes de restauration, la plus récente connue datant des années 1977–1990, tandis que des mesures conservatoires ont été mises en place à partir des années 1970 pour limiter la dégradation due à l'humidité et aux pertes de la galerie nord. Aujourd'hui, l'abbaye accueille les visiteurs dans l'église et le cloître pour la visite des peintures et des sculptures ; le bâtiment conventuel présente une collection d'objets d'art sacré et des expositions temporaires, et il abrite des services municipaux. Le site est aussi un lieu culturel qui reçoit des manifestations estivales, des festivals et des spectacles, contribuant à la valorisation et à la connaissance de ce patrimoine religieux et artistique.