Origine et histoire de l'Abbaye
L'abbaye d'Alet-les-Bains, fondée au Xe siècle comme monastère bénédictin, fut érigée en abbaye par Berà, comte de Razès, et sa femme Romella selon une charte de 813 (aujourd’hui considérée comme un faux du XIe siècle). Le premier abbé attesté, Benoît, apparaît en 970. L’abbaye, richement dotée, suscita des convoitises et fut fortifiée au XIIe siècle par l’abbé Pons Amiel pour se protéger des conflits locaux, notamment entre l’archevêque de Narbonne et le vicomte de Carcassonne.
Pendant la croisade contre les cathares, les moines d’Alet soutinrent les vicomtes Trencavel, ce qui leur valut l’excommunication. Après la victoire de Simon de Monfort, ils se placèrent sous la protection du comte de Foix. En 1268, l’abbé Raimon II, excommunié pour avoir détruit le château de Fa, illustra les tensions persistantes. Ces événements poussèrent le pape Jean XXII à créer l’évêché d’Alet en 1318, scindant l’archevêché de Narbonne. L’abbatiale Notre-Dame devint alors cathédrale, siège d’un diocèse couvrant l’ancien pagus Redensis.
Les guerres de Religion marquèrent un tournant tragique : en 1577, les huguenots pillèrent la cathédrale, détruisant autels, vitraux et une partie de la toiture. L’évêque Antoine II de Dax, assiégé et emprisonné, vit son palais épiscopal rasé. La cathédrale Notre-Dame, abandonnée vers 1600, servit de carrière de pierres pour renforcer les remparts. Le siège épiscopal fut transféré dans l’ancienne salle capitulaire, rebaptisée cathédrale Saint-Benoît, jusqu’à la suppression du diocèse en 1790.
Au XIXe siècle, les ruines furent partiellement préservées : la cathédrale fut classée parmi les monuments historiques dès 1862, suivie par la porte d’entrée (1922) et la salle capitulaire. Les restaurations, entamées en 1903, permirent de sauver le chœur roman, seul vestige majeur de l’édifice original. La construction de la route CD 118 au XXe siècle détruisit cependant quatre des cinq absides gothiques, accélérant la dégradation des murs restants.
L’abbaye illustre les bouleversements religieux et politiques du Languedoc médiéval et moderne : prospérité monastique, conflits cathares, guerres de Religion, et déclin post-révolutionnaire. Aujourd’hui, ses ruines, consolidées en 1947, témoignent de ce passé mouvementé, tandis que le titre d’évêque titulaire d’Alet perdure depuis 2009.