Origine et histoire
L’abbaye d’Arthous, fondée vers 1167 par l’ordre des chanoines prémontrés, s’implante dans un contexte géopolitique complexe, aux confins du Béarn, de la Navarre et de l’Aquitaine. Son nom, issu du gascon Artós (« chêne vert »), reflète le paysage local du XIIe siècle. L’église, de style roman tardif à nef unique, se distingue par son chevet tripartite orné de 35 modillons sculptés illustrant péchés, vertus et scènes de salut. Ces décors, ainsi que les chapiteaux représentant des chanoines avec des instruments liturgiques ou des outils de construction, témoignent d’une symbolique à la fois spirituelle et pratique.
Les guerres de Religion marquent un tournant destructeur : en 1523, les troupes espagnoles capturent l’abbaye, puis en 1569, les protestants de Montgomery la pillent et l’incendient, détruisant archives et bâtiments claustraux. La reconstruction s’échelonne des XVIIe–XVIIIe siècles, avec un logis abbatial imposant, un cloître et des cellules de chanoines. L’abbé Louis de Montesquiou (décédé en 1732) ordonne la construction d’un nouveau clocher en 1726–1727, tandis que Jacques-Marie de Romatet ajoute en 1750 le portail est et un bâtiment attenant. Deux plans sommaires (vers 1760 et 1790) documentent l’abbaye avant sa vente comme bien national en 1791.
Classée Monument Historique en 1955 (église) et 1969 (bâtiments conventuels), l’abbaye est sauvée en 1964 par un don au département des Landes, qui entreprend sa restauration. Depuis 2003, le site abrite le Centre départemental du patrimoine et un musée d’histoire et d’archéologie, présentant des collections préhistoriques (fouilles de Sorde-l’Abbaye), gallo-romaines et médiévales. Les expositions et stages actuels s’appuient sur ce patrimoine, tout en valorisant son rôle historique comme étape sur la via Turonensis du pèlerinage de Compostelle, avec un hôpital attesté dès 1327 pour les pèlerins démunis.
L’étude architecturale révèle des phases de construction distinctes : l’absidiole sud, première édifiée en calcaire local, fonctionne d’abord comme église autonome, suivie de l’abside centrale et de l’absidiole nord, cette dernière remplaçant un bâtiment bas préexistant. Le transept, voûté en berceau roman, et la nef (32,8 m de long), initialement charpentée, montrent des traces de voûtement abandonné au XVIe siècle. La croisée, voûtée d’ogives au XIVe siècle, porte les stigmates des incendies des guerres de Religion. La façade ouest, remaniée au XVIIe siècle, conservait à l’origine un portail à tympan sculpté (zodiaque, calendrier), dont subsistent des fragments.
Les bâtiments conventuels, reconstruits après 1635 sur ordre de l’abbé Salvat Gratien de Gardera, illustrent l’architecture canoniale moderne : logis abbatial, réfectoire, cellules et cloître à deux galeries. Le mur nord révèle une reconstruction partielle au XIVe siècle, peut-être pour un premier logis abbatial. Les marques de tâcherons et les modillons des absides (représentant des chanoines portant pierres ou instruments liturgiques) soulignent le lien entre spiritualité et labeur collectif. L’abbaye possédait un vaste patrimoine foncier, incluant des prieurés (Pagolle, Subernoa) et des terres agricoles, mis en fermage à l’époque moderne avant leur vente en 1791.
Les sources historiques, bien que fragmentaires, incluent un nécrologue perdu (copies partielles par Arnaud Oihénart en 1628 et Antoine Degert en 1924), des actes conservés aux Archives départementales, et des récits de guerres (Nicolas de Bordenave, 1873). Les universitaires se sont peu intéressés à Arthous, à l’exception de Philippe Bonnet (1983) pour son architecture prémontrée. Aujourd’hui, le site s’inscrit dans le projet Sites Majeurs d’Aquitaine, aux côtés de Brassempouy et Sorde, pour valoriser un patrimoine archéologique couvrant 25 000 ans d’histoire régionale.
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