Origine et histoire de l'Abbaye
L’abbaye Saint-Géraud d’Aurillac, fondée avant 885 par le comte Géraud d’Aurillac, fut un modèle pour Cluny et un centre intellectuel majeur au Moyen Âge. Elle forma des figures comme Gerbert d’Aurillac et joua un rôle clé dans la diffusion des usages clunisiens. Son territoire, exempt de juridiction épiscopale, s’étendait sur une douzaine de diocèses, avec plus de cent prieurés en Auvergne, Catalogne et Espagne.
L’église abbatiale connut six phases de construction : fondée en 885 par Géraud, reconstruite au Xe siècle, puis au XIe (consacrée en 1095 par Urbain II), détruite par les calvinistes en 1569, et rebâtie aux XVIIe et XIXe siècles. Le clocher actuel, haut de 77 mètres, date de 1898. L’abbaye fut aussi une sauveté, affranchissant ses serfs et créant une municipalité libre dès le Xe siècle.
Pillé en 1184 par des Routiers, puis ravagé en 1569 par les protestants (destruction des archives, œuvres d’art et bâtiments), le monastère déclina avec la commende au XVIe siècle. Aujourd’hui, il subsiste des vestiges romans (transept, chevet), l’ancien hôpital et des tours de défense. Classée Monument Historique en 1920 et 1942, l’abbaye illustre l’héritage spirituel et politique de l’Auvergne médiévale.
Foyer culturel dès le Xe siècle, son scriptorium et sa bibliothèque attirèrent des érudits comme Jean de Salisbury. Ses prieurés, devenus paroisses, jalonnaient les routes de pèlerinage vers Compostelle et Rome. Les armes de l’abbaye, inspirées d’un miracle lié à saint Géraud, influencèrent même le blason de l’Auvergne.
L’architecture actuelle mêle des soubassements romans (XIIe–XIIIe siècles), des remaniements gothiques (XVe–XVIe), et une nef néo-gothique du XIXe siècle, œuvre des architectes Lassus et Lisch. Le site, propriété mixte (commune et privés), bénéficie de protections successives, dont une inscription en 2018 pour ses vestiges enfouis et son cloître.