Frise chronologique
vers 1150
Fondation par l'ermite Serlon
Fondation par l'ermite Serlon
vers 1150 (≈ 1150)
Installation en lisière de la forêt de Loches.
1153
Donations des chevaliers croisés
Donations des chevaliers croisés
1153 (≈ 1153)
Confirmation par Renaud de Sennevières et autres.
1177-1189
Refondation cistercienne
Refondation cistercienne
1177-1189 (≈ 1183)
Rattachement à l’abbaye de Louroux.
XIVe siècle
Déclin et destruction partielle
Déclin et destruction partielle
XIVe siècle (≈ 1450)
Guerre de Cent Ans et pillages anglais.
1609
Abbatiat de Michel de Marolles
Abbatiat de Michel de Marolles
1609 (≈ 1609)
Reconstruction partielle des bâtiments.
1792
Vente comme bien national
Vente comme bien national
1792 (≈ 1792)
Destruction majeure après la Révolution.
Aujourd'hui
Aujourd'hui
Aujourd'hui
Aujourd'hui (≈ 2025)
Position de référence.
Patrimoine classé
Nef et ruines du choeur de l'église ; vestiges d'une galerie de cloître : inscription par arrêté du 17 janvier 1938
Personnages clés
| Serlon - Ermite fondateur |
Initiateur de l’installation monastique vers 1150. |
| Renaud de Sennevières - Chevalier donateur |
Confirme la fondation avant la deuxième croisade. |
| Michel de Marolles - Abbé commendataire (XVIIe) |
Ordonne des reconstructions et décrit l’abbaye. |
| Geoffroy de Breteuil - Prieur et bibliophile |
Acquiert une bibliothèque à Caen (fin XIIe). |
| Claude de la Rue - Abbé commendataire protestant |
Dirige l’abbaye entre 1560 et 1564. |
Origine et histoire
L’abbaye de Beaugerais, aussi appelée abbaye de Baugerais, est une ancienne abbaye cistercienne située à Loché-sur-Indrois, en Indre-et-Loire. Fondée vers le milieu du XIIe siècle par un ermite nommé Serlon et ses compagnons, elle s’installe en lisière de la forêt de Loches, près d’un chemin de pèlerinage vers Saint-Jacques-de-Compostelle. En 1153, des chevaliers locaux, dont Renaud de Sennevières et Guillaume de Montrésor, ainsi que des notables, confirment sa fondation par des dons avant leur départ pour la deuxième croisade. Initialement soutenue par des augustins de l’abbaye de Sainte-Barbe-en-Auge (Calvados), elle est rapidement placée sous la tutelle des cisterciens de l’abbaye de Louroux entre 1177 et 1189, marquant une refondation sous l’ordre de Cîteaux.
Au XIIIe siècle, l’abbaye connaît une période de prospérité grâce aux dons des seigneurs locaux et à l’acquisition de terres s’étendant jusqu’en Berry. Cependant, sa situation géographique, entourée d’autres établissements monastiques comme l’abbaye du Landais ou la chartreuse du Liget, limite son expansion territoriale. Dès le XIVe siècle, les difficultés s’accumulent : la guerre de Cent Ans entraîne des pillages, une destruction partielle des bâtiments, et une baisse drastique des revenus. L’abbaye doit même participer financièrement à l’effort de guerre, et les moines se réfugient temporairement à Beaulieu-lès-Loches. En 1333, elle figure parmi les abbayes cisterciennes les plus pauvres de France, avec des revenus annuels de seulement cent sous.
Au XVe siècle, la situation financière de Beaugerais reste critique, malgré une autorisation royale de 1438 pour construire des fortifications (dont l’exécution n’est pas attestée). La première abbatiale, désaffectée entre le XIVe et le XVe siècle, est transformée en espace domestique, tandis qu’une seconde abbatiale, construite en croix selon les canons cisterciens, la remplace partiellement. Au XVIIe siècle, sous l’abbatiat de Michel de Marolles (nommé en 1609), l’abbaye connaît un sursis architectural avec la reconstruction de certains bâtiments, mais le nombre de moines diminue inexorablement, passant de six ou sept au XVIIe siècle à seulement deux à la Révolution. Vendue comme bien national en 1792, elle est en grande partie détruite avant 1800, ne laissant subsister que la nef de la première abbatiale et des vestiges du cloître.
L’abbaye de Beaugerais illustre les défis des établissements monastiques ruraux, tiraillés entre prospérité initiale et déclin progressif. Son architecture, bien que fragmentaire, révèle une nef du XIIe ou XIIIe siècle aux voûtes gothiques angevines, une rareté pour une abbaye cistercienne. Les fouilles et études menées au XXe siècle, notamment par Michel Bourderioux et Franck Tournadre, ont permis de préciser son histoire et son organisation spatiale, malgré l’absence de plans anciens. Aujourd’hui, les vestiges inscrits aux monuments historiques depuis 1938 rappellent son rôle modeste mais significatif dans le paysage religieux et économique de la Touraine médiévale et moderne.