Origine et histoire
L’abbaye Notre-Dame de Beaumont-lès-Tours, fondée en 1002 par Hervé de Buzançais, trésorier de la basilique Saint-Martin, accueille une communauté de moniales bénédictines transférée depuis la chapelle Notre-Dame de l’Écrignole, devenue trop exiguë. Installée sur une butte naturelle (Belmons) à l’abri des inondations, l’abbaye domine une plaine alluviale entre Loire et Cher. Elle devient rapidement la plus grande communauté religieuse féminine de Touraine, sous la tutelle conjointe du chapitre de Saint-Martin et de l’archevêque de Tours à partir de 1238.
Aux XVIe et XVIIe siècles, l’abbaye adopte la règle bénédictine réformée de Chezal-Benoît et connaît un renouveau architectural, avec des agrandissements répétés de l’église abbatiale et des bâtiments conventuels. En 1653, quatre pavillons encadrent l’entrée nord, et une terrasse est édifiée au sud pour protéger le site des crues. Un incendie en 1784 détruit une partie des bâtiments, entraînant une reconstruction partielle, dont le pavillon Condé (1785–1786), logis abbatial conçu par les architectes Laurent Bourgeois et Étienne Prudent.
La Révolution française marque un tournant brutal : les 46 religieuses sont expulsées en 1790, et l’abbaye est vendue comme bien national en 1798. Les bâtiments sont démolis pierre par pierre, à l’exception du pavillon Condé et de quelques dépendances. La grille en fer forgé séparant le chœur de la nef, classée monument historique en 1917, est transférée à la préfecture d’Indre-et-Loire. Le site, transformé en potagers pour l’hospice de Tours (1866), puis en caserne militaire (1913–2012), fait aujourd’hui l’objet de fouilles archéologiques dans le cadre de sa réhabilitation en écoquartier.
Les fouilles récentes (2017–2023) ont révélé un village médiéval antérieur à l’abbaye, un cimetière de 3 000 sépultures (IXe–Xe siècles), ainsi que des objets liturgiques et des vestiges des bâtiments monastiques. Parmi les découvertes notables figurent des porcelaines de Chine, des statuettes de dévotion, et une matrice de sceau appartenant probablement à une abbesse. L’abbaye possédait une douzaine de prieurés et des revenus estimés à 42 637 livres en 1791, témoignant de son importance économique et spirituelle.
Le pavillon Condé, inscrit aux monuments historiques depuis 1946, est le seul édifice majeur subsistant. De plan carré, il conserve des décors intérieurs d’origine (boiseries, escalier) et une façade ornée de mascarons, bien que les armoiries de l’abbesse aient été bûchées pendant la Révolution. Les fouilles ont également permis de reconstituer le plan de l’église abbatiale (58 × 15 m), dotée d’un déambulatoire et d’un cloître traditionnel, ainsi que celui des bâtiments conventuels organisés autour d’une cour d’honneur.
L’histoire de l’abbaye est marquée par des conflits récurrents entre le chapitre de Saint-Martin et l’archevêché de Tours, ainsi que par des périodes de déclin (XIVe siècle) et de renouveau (XVIIe siècle). Parmi ses abbesses les plus célèbres figurent Marie de Beauvilliers, abbesse de Montmartre et de Beaumont au début du XVIIe siècle, et Henriette-Louise de Bourbon-Condé, qui finance des travaux majeurs au XVIIIe siècle. La dernière abbesse, Marie-Agnès de Virieu Beauvoir, meurt à Tours en 1831, longtemps après la fermeture de l’abbaye.