Frise chronologique
869
Première mention écrite
Première mention écrite
869 (≈ 869)
Donation de Lothaire II à l'archevêque de Besançon.
XIIIe siècle
Sécularisation
Sécularisation
XIIIe siècle (≈ 1350)
Transformation en chapitre de chanoinesses nobles.
1613-1645
Âge d'or mondain
Âge d'or mondain
1613-1645 (≈ 1629)
Abbatiat de Catherine de Rye, vie sociale intense.
1790
Dissolution révolutionnaire
Dissolution révolutionnaire
1790 (≈ 1790)
Vente comme bien national et démolition partielle.
1987
Classement Monument Historique
Classement Monument Historique
1987 (≈ 1987)
Protection des vestiges restants.
Aujourd'hui
Aujourd'hui
Aujourd'hui
Aujourd'hui (≈ 2025)
Position de référence.
Patrimoine classé
Façades, toiture et passage voûté de l'ancienne entrée de l'abbaye ; façades de l'ancien bâtiment abbatial dit Froid Pignon ; tour dans l'angle formé par l'ancienne entrée et le Froid Pignon ; colombier dans le jardin ; mur de soutènement (ancien mur d'enceinte) et sol de la parcelle 292 (cad. AB 292, 293) : inscription par arrêté du 11 décembre 1987 ; Charpente avec sa couverture de lave du bâtiment dit le Froid Pignon (cad. AB 292) : classement par arrêté du 11 décembre 1987
Personnages clés
| Catherine de Rye - Abbesse (1613-1645) |
Fit de l’abbaye un lieu mondain prisé. |
| Claudine de Fouchier - Abbesse (1652-1660) |
Restaura l’église et obtint le titre de grande abbesse. |
| Charlotte-Anne-Sophie-Désirée de Stain - Dernière abbesse (1786-1792) |
Sauva des objets liturgiques pendant la Révolution. |
| Lothaire II - Roi de Lotharingie |
Premier document écrit mentionnant l’abbaye (869). |
Origine et histoire
L’abbaye de Château-Chalon, fondée entre les VIIIe et IXe siècles sur un plateau jurassien, fut d’abord un monastère bénédictin féminin. Sa première mention écrite date de 869 dans une donation de Lothaire II, confirmant son existence sous le nom d’abbatiola Carnonis-Castrum. Protégée par des fortifications médiévales (dont la légendaire tour Charlemagne), elle devint un lieu stratégique en terre d’Empire, sous la protection des sires d’Arlay à partir de 1165. Les familles nobles de Franche-Comté y plaçaient leurs filles, transformant l’abbaye en un centre seigneurial et viticole puissant.
Au XIIIe siècle, l’abbaye se sécularise en chapitre de chanoinesses nobles, exigeant 16 quartiers de noblesse pour ses pensionnaires. Les 20 à 30 chanoinesses, vivant dans des maisons individuelles avec domesticité, menaient une existence mondaine tout en conservant des obligations religieuses minimales. L’abbaye, dirigée par des abbesses souvent princesses du Saint-Empire, contrôlait un vaste territoire (vignobles, dîmes, moulins, puits à sel) et exerçait une justice seigneuriale sur les villages voisins comme Voiteur ou Menétru-le-Vignoble. Son déclin s’amorça aux XVIIe-XVIIIe siècles, minée par les guerres, les dettes et un anticléricalisme croissant.
La Révolution française scella son sort en 1790 : vendue comme bien national, elle fut en grande partie démolie. Seuls subsistent aujourd’hui le porche d’entrée, des façades de l’ancien bâtiment abbatial (Froid Pignon), un pigeonnier, et des éléments du trésor liturgique sauvés par la dernière abbesse, Charlotte-Anne-Sophie-Désirée de Stain. L’abbaye reste liée au prestige du vin jaune jurassien, bien que l’origine hongroise du cépage savagnin soit aujourd’hui contestée. Son rôle dans le développement viticole et son architecture défensive en font un symbole du patrimoine comtois.
Les abbesses marquantes incluent Catherine de Rye (1613-1645), qui en fit un lieu mondain, et Claudine de Fouchier (1652-1660), restauratrice de l’église. Les Watteville, famille dominante aux XVIIe-XVIIIe siècles, tentèrent sans succès de redresser ses finances, affaiblies par les crises démographiques et la faillite de Law. La dissolution en 1790 refléta le rejet d’une institution perçue comme un hôpital de noblesse, coupée des réalités locales.
Classée Monument Historique en 1987, l’abbaye conserve des vestiges comme la tour Charlemagne (XIIIe siècle), le colombier, et des éléments de l’enceinte. Son histoire illustre l’évolution des abbayes féminines, passant d’un ascétisme bénédictin à un mode de vie aristocratique, avant de disparaître sous les coups de la modernité politique et sociale.