Origine et histoire de l'Abbaye de Chéhéry
L'abbaye de Chéhéry, fondée en 1147 par Samson de Mauvoisin, archevêque de Reims, fut confiée à l'abbé Gontier de Lachalade avec le soutien financier de seigneurs locaux. Dès ses débuts, elle attira des pèlerins grâce à la béatification du moine Roland, dont la dévotion persista après sa mort. Les XIIe et XIIIe siècles virent l'expansion du domaine monastique, avec des défrichements, des fermes louées à des paysans, et le développement d'activités artisanales comme une verrerie et des forges exploitant le minerai local.
Au XVIIIe siècle, après des siècles de conflits (guerre de Cent Ans, guerres de Religion, guerre de Trente Ans) ayant fragilisé l'abbaye, une reconstruction complète fut entreprise en 1750 sous la direction de l'architecte Nicolas Joseph, financée par François-Marie Le Maistre de La Garlaye, abbé commendataire. Ce renouveau architectural reflétait l'apogée économique de l'abbaye, tirée des revenus des forges et des fermages, avant sa vente comme bien national après la Révolution.
En 1789, l'abbaye fut acquise par François Gérard de Melcy, qui détruisit une partie des bâtiments pour en faire une résidence bourgeoise. Son fils, Achille Auguste César de Melcy, y installa en 1836 un salon néo-Renaissance pour sa femme, la cantatrice Giulia Grisi, avant que des difficultés financières et des conflits familiaux ne mènent à son déclin. Les forges, modernisées avec des techniques anglaises comme le puddlage, périclitèrent vers 1850 avec l'abandon du charbon de bois.
Au XXe siècle, l'abbaye changea plusieurs fois de mains, notamment entre les familles Melcy et Longuet-La Marche. En 1990, elle fut partiellement classée Monument Historique, puis entièrement protégée en 2025. Depuis 2019, une restauration est en cours, portée par Charles du Jeu et Guillaume Ull, avec un projet de centre culturel et de production agricole, soutenu par le Loto du patrimoine en 2020.
Aujourd'hui, il ne subsiste qu'une partie du cloître du XVIIIe siècle, transformé en résidence, ainsi que des communs et des vestiges des forges. L'ensemble illustre à la fois l'héritage cistercien, les transformations post-révolutionnaires et les enjeux contemporains de préservation du patrimoine industriel et religieux.