Frise chronologique
1127
Fondation du prieuré
Fondation du prieuré
1127 (≈ 1127)
Prieuré d’Antonins avant l’abbaye cistercienne.
1131
Création de l’abbaye
Création de l’abbaye
1131 (≈ 1131)
Arrivée de Guy de Clairvaux avec 12 moines.
1150–1220
Construction de l’église
Construction de l’église
1150–1220 (≈ 1185)
Style transitionnel roman-gothique, 105 m de long.
1309
Inhumation d’Othon IV
Inhumation d’Othon IV
1309 (≈ 1309)
Cérémonie fastueuse avec 1 500 participants.
1437–1439
Pillages par les Écorcheurs
Pillages par les Écorcheurs
1437–1439 (≈ 1438)
Abbé Étienne capturé et rançonné.
1569
Incendie protestant
Incendie protestant
1569 (≈ 1569)
Cloître détruit, monastère désert 30 ans.
1791
Vente comme bien national
Vente comme bien national
1791 (≈ 1791)
Démantèlement de l’église et des tombes.
1984
Classement Monument Historique
Classement Monument Historique
1984 (≈ 1984)
Protection des ruines et du calvaire.
Aujourd'hui
Aujourd'hui
Aujourd'hui
Aujourd'hui (≈ 2025)
Position de référence.
Patrimoine classé
Les façades et toitures des bâtiments conventuels subsistants ainsi que les restes du cloître (cad. E 204, 211, 212) : inscription par arrêté du 28 décembre 1984 - Les ruines et le sol de l'église ainsi que le calvaire (cad. E 190, 194 à 196, 214, 218, 402) : classement par arrêté du 28 décembre 1984 - Le logement du portier (cad. E 216) : inscription par arrêté du 24 décembre 1998
Personnages clés
| Guy - 1er abbé de Cherlieu (1131–1157) |
Fonda plusieurs monastères, soutenu par saint Bernard. |
| Othon IV de Bourgogne - Comte de Bourgogne (mort en 1303) |
Inhumé à Cherlieu en 1309 lors d’une cérémonie solennelle. |
| Saint Bernard de Clairvaux - Moine et réformateur cistercien |
Soutint Guy contre l’abbé de Faverney. |
| Ferdinand de Rye - Abbé (XVIIe siècle) |
Restaura partiellement les biens de l’abbaye. |
| Renaud III de Bourgogne - Comte de Bourgogne (XIIe siècle) |
Premier bienfaiteur de l’abbaye avec les seigneurs de Jussey. |
| Étienne - Abbé (XVe siècle) |
Capturé par les Écorcheurs en 1439. |
Origine et histoire
L’abbaye de Cherlieu, fondée en 1127 comme prieuré d’Antonins avant de devenir une abbaye cistercienne en 1131 sous l’impulsion de Guy, premier abbé venu de Clairvaux, connut un essor rapide. Soutenue par le comte Renaud III de Bourgogne et des seigneurs locaux, elle devint un centre religieux influent, fondant plusieurs monastères en France et en Europe, comme Acey ou Hauterive. Son église, construite entre 1150 et 1220, était l’une des plus vastes de Franche-Comté, de style transitionnel entre roman et gothique, avec une nef de 105 mètres et des rosaces ornées.
Au XIIIe siècle, Cherlieu abritait les sépultures de nobles bourguignons, dont Othon IV, inhumé en 1309 lors d’une cérémonie fastueuse réunissant 1 500 personnes. Mais les crises du XIVe et XVe siècles (peste, guerres, pillages par les Écorcheurs) affaiblirent l’abbaye. Au XVIe siècle, les guerres de Religion aggravèrent sa décadence : le cloître fut incendié en 1569 par des protestants, et le monastère resta désert pendant 30 ans. Une lente reconstruction eut lieu aux XVIIe et XVIIIe siècles, avec un nouveau cloître (1701) et un palais abbatial (1773), mais la Révolution sonna son glas.
Vendue comme bien national en 1791, l’abbaye fut démantelée : l’église servit de carrière, les tombes furent détruites, et seuls subsistent aujourd’hui des vestiges du cloître du XVe siècle, des bâtiments conventuels des XVIIe–XVIIIe siècles transformés en ferme, et le logement du portier (1751–1766). Le site, classé Monument Historique en 1984, témoigne encore de son passé glorieux à travers des ruines et un calvaire du XVIIe siècle. Son économie reposait sur l’agriculture (granges, moulins), l’élevage, la métallurgie (fer de Noroy), et un réseau commercial exempt de péages.
La vie quotidienne à Cherlieu s’organisait autour des granges, unités agricoles autonomes exploitées par des frères convers. Ces domaines, situés à moins d’une journée de marche, cultivaient céréales, vignes (à Purgerot), et élevaient bœufs, porcs et moutons. Les moines géraient aussi des moulins (farine, huile, foulons), des pêcheries (Saône, Conflans-sur-Lanterne), et des fours à chaux. Le sel, essentiel pour les salaisons, provenait de Scey-sur-Saône ou de Lorraine. L’abbaye, exempte de certains droits seigneuriaux, dominait 32 villages à son apogée.
Parmi les abbés marquants, Guy (1131–1157) consolidat son influence malgré des conflits avec l’abbé de Faverney, soutenu par saint Bernard. Ferdinand de Rye (XVIIe siècle) tenta de restaurer ses biens après les pillages. Les protections actuelles (classement en 1984 pour les ruines de l’église et le calvaire, inscription pour les bâtiments conventuels) préservent un site emblématique de l’ordre cistercien en Franche-Comté, où subsistent aussi des traces des activités artisanales (tuilerie de Marlay, haut-fourneau de Tartécourt).