Origine et histoire de l'Abbaye de Cherlieu
L'abbaye cistercienne de Cherlieu, située à Montigny-lès-Cherlieu en Haute-Saône, a été établie en 1131. L'église abbatiale, l'une des plus vastes de la province, fut construite entre 1150 et 1220 en croix latine à trois nefs ; elle mesurait 105 mètres de long et 54 mètres de large au niveau du transept, avec une voûte haute de 22 mètres, des rosaces en façade et au transept, une cinquantaine d'ouvertures et sept chapelles entourant le maître-autel séparées par huit colonnes et une boiserie de chêne ; le clocher était au centre du transept. Fondée sous l'abbatiat de Guy, venu de Clairvaux en 1131, Cherlieu donna naissance à plusieurs prieurés et abbayes filles, notamment Acey, le Gard, Haut-Crêt, Hauterive et Beaulieu. L'abbaye s'étendit rapidement au XIIe siècle grâce à de nombreux dons et acquit terres, granges, moulins et pêcheries dans de nombreuses localités environnantes. Elle fut lieu d'inhumation pour plusieurs familles princières et seigneuriales, parmi lesquelles figurent Othon IV, la comtesse Mahaut d'Artois et des membres des maisons de Chalon et de Chauvirey. Aux XIVe et XVe siècles, peste, famine et guerres, ainsi que les bandes armées et pillages, provoquèrent sévères dommages, captures et rançons. La décadence s'accentua au XVIe siècle avec les abus de la commende ; en 1569 l'abbaye fut pillée et incendiée par des troupes protestantes et leurs alliés, les tombeaux furent profanés et le monastère resta désert pendant plusieurs décennies. Des campagnes de restauration eurent lieu à la fin du XVIe siècle et au début du XVIIe siècle, puis des reconstructions aux XVIIe et XVIIIe siècles, avec la création de la galerie du cloître et d'un palais abbatial ; une croix datée de 1613 témoigne de ces efforts. Au XVIIIe siècle, un nouveau cloître et un palais monastique furent régulièrement aménagés, faisant de Cherlieu l'une des communautés les plus riches de la province. Lors de la Révolution, l'abbaye fut vendue comme bien national : le cloître fut démoli, l'église démontée et utilisée comme carrière, et les archives furent détruites. Déjà largement démolie en 1827, l'église ne présente aujourd'hui que des assises enfouies et un mur gouttereau du bras nord du transept ; subsistent également des ruines du cloître et des bâtiments conventuels transformés en ferme. Le logement du portier, élevé à l'entrée sud entre 1751 et 1766, a été vendu comme bien national mais a peu été transformé et conserve sa distribution intérieure (cuisine, poêle, cave, écurie). Autour du site, on relève encore des vestiges du cloître du XVe siècle, des bâtiments agricoles des XVIIe-XVIIIe siècles, un calvaire du XVIIe siècle à la ferme du Ferry, des éléments de tuilerie et de four à chaux à Marlay et des traces d'installations liées au broyage du minerai de fer à Agneaucourt. L'économie monastique reposait sur un réseau de granges proches, l'agriculture céréalière, l'élevage, la pêche sur la Saône et la Lanterne, de nombreux moulins sur les cours d'eau locaux, l'extraction et le traitement du fer, ainsi que des activités artisanales comme la tuilerie. Les granges, généralement situées à une journée de marche de l'abbaye, étaient des unités autonomes où travaillaient principalement des frères convers et qui comprenaient, outre les bâtiments agricoles, une chapelle, un dortoir et un réfectoire. Les vestiges de l'abbaye bénéficient de protections au titre des monuments historiques : inscription et classement en 1984 pour plusieurs éléments, inscription complémentaire en 1998 pour le logement du portier, et le site est classé par décret depuis 1997 pour son intérêt historique et pittoresque.