Origine et histoire de l'Abbaye
L’abbaye Saint-Pierre de Clairac, fondée à une date incertaine (peut-être vers 760 selon un acte contesté attribuant sa création à Pépin le Bref), est l’une des plus puissantes abbayes bénédictines de l’Agenais. Son influence s’étendait sur des dizaines de paroisses, prieurés et seigneuries locales, comme Clairac, Laparade ou Nicole. La ville s’est développée autour de ce monastère, centre spirituel et économique majeur.
Au XIIIe siècle, l’abbaye subit les ravages des Albigeois et des conflits entre Français et Anglais pendant la guerre de Cent Ans. Les bâtiments sont partiellement détruits, et seuls neuf moines y résident encore en 1453. En 1483, Louis XI attribue ses revenus à la basilique Saint-Jean-de-Latran pour sa restauration, avant que l’abbaye ne soit officiellement rattachée à ce chapitre romain en 1604, sous Henri IV. Cette union marque le début d’une reconstruction majeure, menée par le chanoine Paolo Garganti.
Le XVIe siècle transforme Clairac en un foyer protestant précoce. L’abbé Gérard Roussel, nommé en 1530 par Marguerite de Navarre, y propage les idées réformées. Son successeur, Geoffroy de Caumont, épouse une riche héritière protestante en 1568 dans l’abbatiale, entraînant la conversion massive des moines et des habitants. L’abbaye est pillée et démolie pendant les guerres de Religion, avant d’être restaurée après 1621, sous Louis XIII. Les tensions persistent : en 1666, les protestants la surnomment l’« abbaye de Babylone ».
Après la Révolution, l’abbaye est vendue comme bien national en 1799. Elle abrite successivement une école navale (1942-1945), un lycée (jusqu’aux années 1980), puis un musée d’automates illustrant la vie monastique, aujourd’hui fermé. Les bâtiments, inscrits aux monuments historiques en 1996, mêlent des éléments médiévaux (caves du XIIIe siècle, tour du XIVe) et des reconstructions des XVIIe et XVIIIe siècles. Leur architecture combine pierre calcaire et brique, typique de la région.
Les fouilles et archives révèlent une abbaye aux origines obscures, dont la titulature même (Saint-Pierre-et-Saint-Paul ou Saint-Pierre-ès-Liens) reste incertaine. Son déclin s’accélère avec la Réforme, mais son héritage perdure à travers les vestiges protégés et les débats historiques sur sa fondation. Aujourd’hui, après plusieurs changements de mains, l’abbaye cherche une nouvelle vocation culturelle.