Origine et histoire
L'abbaye de Fontaine-Daniel fut fondée en 1204 par Juhel III de Mayenne, seigneur local de retour de Terre-Sainte, afin d'affirmer son autorité face aux seigneurs de Laval et d'offrir une nécropole à sa famille. Initialement établie à La Herperie, près de Bourgnouvel, elle fut transférée en 1205 sur les rives de l'Anvore, dans la forêt de Salair, à Saint-Georges-Buttavent. Juhel III dota richement l'abbaye de terres, moulins, et droits féodaux, confirmés par des figures comme l'évêque du Mans, l'archevêque de Tours, et même le pape Grégoire IX en 1226. L'abbaye, fille de l'abbaye de Clairvaux, devint rapidement un centre religieux et économique puissant, avec une église de la taille de la cathédrale du Mans.
Au XIIIe siècle, l'abbaye connut une période de prospérité, marquée par la construction de son monastère et de son église, financée en partie par Isabelle de Meulan. L'église, consacrée en 1243, devint un lieu de sépulture pour les seigneurs locaux, dont Juhel III lui-même. Cependant, dès le XVe siècle, l'abbaye fut en proie à des conflits internes, notamment avec l'introduction des abbés commendataires sous Louis XI, qui affaiblirent son esprit religieux. Les guerres, comme la guerre de Cent Ans, et les pillages anglais au XVIe siècle, aggravèrent sa situation.
Les XVIe et XVIIe siècles furent marqués par des luttes entre les moines et les abbés commendataires, souvent nommés par faveur royale, qui réduisirent les revenus et le nombre de religieux. Malgré des tentatives de réforme, comme celle de 1549, les abus persistèrent. En 1608, un arrêt royal divisa les biens de l'abbaye en deux menses (une pour l'abbé, une pour les moines), mais cela n'empêcha pas les conflits. Au XVIIIe siècle, l'abbaye, réduite à sept moines en 1789, fut supprimée par la Révolution française. Ses bâtiments furent vendus comme biens nationaux en 1791, et l'église fut détruite en 1806.
L'abbaye fut transformée en filature de coton en 1806 par des industriels parisiens, les Horem, qui exploitèrent sa force motrice et ses vastes locaux. Ce site industriel employa jusqu'à 760 ouvriers en 1812. Les archives de l'abbaye, brûlées en 1793, ne subsistent que partiellement grâce à des copies antérieures. Aujourd’hui, il ne reste que des vestiges classés Monument Historique en 1927, dont des parties du cloître, des salles voûtées, et des façades du XVIIIe siècle.
L’architecture de l'abbaye reflétait son importance : un quadrilatère entouré de bâtiments conventuels, d’une hôtellerie, et d’une église de 60 mètres de long, ornée de chapelles rayonnantes ajoutées au XVe siècle par Anne de Laval. Le tombeau de Juhel III, en cuivre doré, trônait dans le chœur jusqu’à sa disparition en 1784. Les stalles de l’église, transférées à Notre-Dame-des-Miracles de Mayenne, et un orgue de 1784 témoignent encore de son passé fastueux. Les bois, les droits de pêche, et les terres de l’abbaye s’étendaient jusqu’en Normandie, faisant d’elle une puissance féodale majeure.
Les conflits avec les seigneurs locaux, comme les ducs de Mayenne ou le cardinal Mazarin, marquèrent son histoire. En 1658, Mazarin tenta d’échanger des biens avec l’abbaye, mais le contrat fut annulé en 1678 après des années de litiges. Les moines, malgré leur déclin numérique, continuèrent leurs œuvres charitables, distribuant des aumônes jusqu’à la Révolution. Leur départ en 1790 plongea les populations locales dans la détresse, privées de leurs secours. Les vestiges actuels, bien que partiels, rappellent l’influence passée de cette abbaye cistercienne dans le Pays de la Loire.