Frise chronologique
1166
Fondation du prieuré
Fondation du prieuré
1166 (≈ 1166)
Don de terres par Bernard de Durfort à Grandmont.
1192
Agrandissement par Richard Cœur de Lion
Agrandissement par Richard Cœur de Lion
1192 (≈ 1192)
Ajout de terres au domaine monastique.
1317
Élévation en prieuré collégial
Élévation en prieuré collégial
1317 (≈ 1317)
22 moines sous Jean XXII.
1567
Dévastation par les huguenots
Dévastation par les huguenots
1567 (≈ 1567)
Guerres de Religion destructrices.
1678
Restauration du bâtiment sud
Restauration du bâtiment sud
1678 (≈ 1678)
Travaux post-guerres de Religion.
1791
Vente comme bien national
Vente comme bien national
1791 (≈ 1791)
Fin de la vocation monastique.
1843-1890
Transformations en ferme
Transformations en ferme
1843-1890 (≈ 1867)
Ajout logis et pigeonnier.
1991
Classement Monument Historique
Classement Monument Historique
1991 (≈ 1991)
Protection de l’église et du cloître.
Aujourd'hui
Aujourd'hui
Aujourd'hui
Aujourd'hui (≈ 2025)
Position de référence.
Patrimoine classé
Couloir du cimetière ; façades et toitures de l'ancienne maison de maître, des bâtiments de la ferme et du pigeonnier (cad. ZH 37) : inscription par arrêté du 16 février 1989 ; Eglise ; sacristie ; salle capitulaire ; réfectoire ; oratoire d'hiver au premier étage ; dortoirs au premier étage ; cheminée monumentale de brique au rez-de-chaussée ; aire du cloître (cad. ZH 37) : classement par arrêté du 17 janvier 1991
Personnages clés
| Bernard de Durfort - Seigneur donateur |
Fonda le prieuré en 1166. |
| Richard Cœur de Lion - Duc d’Aquitaine |
Agrandit le domaine en 1192. |
| Jean XXII - Pape |
Éleva Francou en prieuré en 1317. |
| Raymond de Caussade - Premier commendataire |
Marqua le déclin financier. |
| Dom Giboust de Chastellux - Dernier prieur claustral |
Assassiné en 1752. |
Origine et histoire
Le prieuré de Francou (souvent appelé localement « abbaye ») fut fondé en 1166 par Bernard de Durfort et ses alliés, qui cédèrent des terres à l’ordre de Grandmont pour ériger une celle dédiée à Notre-Dame au cœur de la forêt de Francour. En 1192, Richard Cœur de Lion agrandit le domaine. Le site, initialement modeste (8 clercs en 1295), devint un prieuré en 1317 sous Jean XXII, regroupant 22 moines et plusieurs fermes dépendantes comme Dégagnazès ou le Bois-Menou. Charles V confirma ses privilèges en 1366, mais l’isolement et les routiers du XIVe siècle fragilisèrent la communauté.
Au XVe siècle, le régime de la commende accéléra son déclin : les commendataires, comme Raymond de Caussade (premier titulaire), puisèrent ses ressources, tandis que les guerres de Religion ravagèrent le prieuré en 1567. La restauration dura un siècle, avec des travaux majeurs en 1678 (bâtiment sud). En 1752, le prieur Dom Giboust de Chastellux fut assassiné par son valet, symbole d’une communauté réduite à deux moines en 1772, date de la suppression de l’ordre. Vendu comme bien national en 1791, le site devint une ferme, avec des transformations aux XIXe siècle (logis de 1843, pigeonnier de 1844).
L’architecture de Francou, unique parmi les prieurés grandmontains, se distingue par son quadrilatère en brique rose (dite « anglaise »), intégrant église, salle capitulaire, réfectoire, dortoirs et espaces agricoles intra-muros. L’église, désaffectée, conserve une nef voûtée en berceau brisé et une façade romane à colonnettes, tandis que l’abside fut détruite en 1850. La salle capitulaire, voûtée d’arêtes sur chapiteaux de terre cuite, et la cheminée monumentale du XVIIe siècle (transférée dans les cuisines) témoignent de son passé. Classé partiellement en 1991, le site reste une exploitation privée, accessible uniquement lors des Journées du Patrimoine.
Le prieuré illustre l’idéal grandmontain d’autarcie : tous les espaces (cultuels, communautaires, agricoles) s’organisent autour du cloître, sans dépendances extérieures contrairement aux bénédictins ou cisterciens. Les briques roses, rares pour l’ordre, et la conservation d’éléments médiévaux (passage voûté vers le cimetière, oratoire d’hiver) en font un témoignage exceptionnel. Les transformations des XVIIIe–XIXe siècles (démolition de l’aile ouest, ajout de bâtiments agricoles) reflètent son adaptation à un usage laïc, tout en préservant des vestiges comme le retable du XVIIIe siècle, aujourd’hui à Rouzet.
Les sources archéologiques et historiques (Gayne, Mottin, archives de Tarn-et-Garonne) soulignent son rôle dans le Quercy médiéval, entre don seigneurial, protection royale et déclin post-commende. La vente comme bien national en 1791 marqua sa transition vers une vocation agricole, tandis que les classements de 1989 et 1991 ont sauvé une partie de son patrimoine. Aujourd’hui, l’association des Amis de l’abbaye et les Journées du Patrimoine perpétuent sa mémoire, dans un site où se superposent 8 siècles d’histoire monastique et rurale.