Origine et histoire de l'Abbaye de Hohenbourg
L'abbaye de Hohenbourg, aussi appelée monastère de Sainte-Odile, est fondée en 680 par sainte Odile, fille du duc d'Alsace Etichon-Adalric, sur les ruines d'un château fort nommé Hohenbourg ou Altitona. Selon la légende, Odile, née aveugle et guérie miraculeusement lors de son baptême, aurait reçu ce site de son père pour y établir un monastère féminin. Ce lieu devint rapidement un centre spirituel majeur en Alsace, abritant les tombes d'Odile et de ses parents, et attirant des pèlerins dès le VIIIe siècle. Le monastère fut placé sous la protection des rois francs, comme en témoignent les privilèges accordés par Charlemagne et Louis le Pieux.
Au XIIe siècle, l'abbaye connut un essor remarquable sous l'abbesse Relinde (1150–1176), qui y introduisit la règle de saint Augustin et entreprit d'importants travaux de reconstruction après les destructions causées par Frédéric II de Souabe. Relinde fut suivie par Herrade de Landsberg (morte en 1195), auteure de l'Hortus deliciarum, un manuscrit enluminé célèbre. L'abbaye, souvent victime d'incendies (notamment en 1115, 1200, 1224, et 1277) et de pillages (par les Hongrois en 917, les routiers en 1365, ou les Suédois en 1632), fut reconstruite à plusieurs reprises. Les conflits religieux du XVIe siècle, comme la guerre des Paysans (1525) ou la Réforme protestante, marquèrent un déclin temporaire, avec l'abandon partiel du site après l'incendie de 1546.
La Révolution française (1789) porta un coup sévère à l'abbaye : vendue comme bien national en 1791, son sarcophage contenant les reliques de sainte Odile fut profané en 1794, bien que celles-ci aient été sauvées in extremis. Rachat en 1853 par l'évêque de Strasbourg, André Raess, le site fut restauré et confié aux Sœurs de la Croix (1889–2015), puis à une communauté permanente. Aujourd'hui, la basilique, classée monument historique, reste un haut lieu de pèlerinage et de tourisme, célébrant notamment le 1300e anniversaire de la mort de sainte Odile en 2020–2021. Son architecture actuelle mêle des éléments gothiques (fenêtres de l'église) et des reconstructions des XVIIe et XXe siècles.
Le mont Sainte-Odile, entouré du mur païen (enceinte antique d'origine incertaine), domine la plaine d'Alsace depuis une altitude de 763 mètres. Le site comprend plusieurs chapelles historiques, comme celle de la Croix (abritant le tombeau d'Etichon-Adalric) ou des Anges (tombeau d'Odile), ainsi qu'une bibliothèque renfermant des manuscrits médiévaux. En 2000–2002, un vol spectaculaire de plus de 1 000 livres anciens par un passage secret mit en lumière la richesse de ce patrimoine écrit. Depuis 2015, l'abbaye, gérée par le diocèse de Strasbourg, accueille pèlerins et touristes, perpétuant l'adoration perpétuelle instaurée en 1931.
Parmi les personnages liés à l'abbaye figurent des souverains comme Frédéric Barberousse (qui financera sa reconstruction au XIIe siècle) ou Richard Cœur de Lion (qui y séjournât en 1194), ainsi que des figures religieuses comme le pape Léon IX (ancien évêque de Toul, qui consacra l'église en 1045). Au XXe siècle, des personnalités comme Charles de Gaulle (qui s'y retirait avant-guerre) ou le pape Jean-Paul II (visite en 1988) marquèrent son histoire récente. L'abbaye, symbole de la foi alsacienne, incarne aussi les tensions politiques et religieuses qui traversèrent la région, des querelles mérovingiennes aux guerres de Religion.