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Abbaye de l'Eau à Ver-lès-Chartres dans l'Eure-et-Loir

Patrimoine classé Patrimoine religieux Abbaye

Abbaye de l'Eau

    Le Bourg
    28630 Ver-lès-Chartres
Propriété privée
Abbaye de lEau
Abbaye de lEau
Abbaye de lEau
Abbaye de lEau
Abbaye de lEau
Abbaye de lEau
Abbaye de lEau
Abbaye de lEau
Abbaye de lEau
Abbaye de lEau
Abbaye de lEau
Crédit photo : Attribué à Louis Boudan (?) - Sous licence Creative Commons

Frise chronologique

Moyen Âge central
Bas Moyen Âge
Renaissance
Temps modernes
Révolution/Empire
XIXe siècle
Époque contemporaine
1200
1300
1400
1500
1600
1700
1800
1900
2000
1226
Fondation de l'abbaye
1229
Acquisition de terres
1361
Retour après la Guerre de Cent Ans
1530
Achèvement de l’église abbatiale
1568
Destruction par les Huguenots
1740
Construction du palais abbatial
1792
Expulsion des religieuses
2014
Classement Monument Historique
Aujourd'hui
Aujourd'hui

Patrimoine classé

Le portail d'entrée du XIIIe siècle (cad. AB 135), le bâtiment oriental du cloître formant l'ancienne salle capitulaire et le dortoir de la communauté (cad. AB 140, 191a), le mur d'un bâtiment du XIIIe siècle (ancienne salle de travail?) allant de la salle capitulaire à l'Eure (cad. AB 140), les murs de clôture subsistants, notamment le long de la rue de l'Abbaye-de-l'Eau et de Chartres (cad. AB 130 à 135, 140 à 142, 191), enfin les sols (cad. AB 128, 130 à 136, 141, 142) composant l'emprise de l'abbaye telle qu'elle se présentait sur le plan de 1792 : inscription par arrêté du 28 janvier 2014

Personnages clés

Élisabeth Ire de Chartres - Fondatrice et comtesse Dota l’abbaye de terres et de revenus.
Jean de Montmirail - Co-fondateur et époux d’Élisabeth Ire Participa à l’acquisition des premiers terrains.
Jeanne Ire - Abbesse (XIVe siècle) Négocia avec le chapitre de Chartres.
Denise-Françoise des Moustiers de Mérinville - Abbesse (XVIIIe siècle) Fit construire le palais abbatial en 1740.
Louise Hurault - Abbesse (début XVIIe siècle) Supervisa la restauration post-guerres de Religion.
Gosset - Acquéreur révolutionnaire Démantela l’abbaye après 1793.
Franck Tournadre - Archéologue (2011) Étudia les vestiges du XIIIe siècle.

Origine et histoire

L'abbaye Notre-Dame de l'Eau, fondée en 1226 par Élisabeth Ire, comtesse de Chartres, et son époux Jean de Montmirail, était une abbaye cistercienne féminine. Installée sur un fief nommé Pentoison dans la paroisse de Ver-lès-Chartres, elle fut dotée de terres, de revenus et de droits de justice par ses fondateurs. Dès sa création, elle fut placée sous la protection de l’évêque de Chartres et affiliée à l’ordre de Cîteaux, bien que l’établissement d’origine des religieuses reste inconnu.

Au cours du XIIIe siècle, l’abbaye se développa grâce à des dons de nobles locaux, comme Jean Ier de Châtillon et Pierre II d’Alençon. Cependant, la Guerre de Cent Ans (XIVe siècle) força les religieuses à se réfugier à Chartres, où elles subirent des conflits avec le chapitre cathédral. Leur retour en 1361 révéla une abbaye dévastée, nécessitant une reconstruction longue et coûteuse, achevée seulement en 1530 pour l’église abbatiale, consacrée en 1534. Les guerres de Religion au XVIe siècle entraînèrent une nouvelle destruction, suivie d’une restauration terminée en 1603.

L’abbaye fut vendue comme bien national en 1793 après la Révolution française. Les religieuses, expulsées en 1792, se dispersèrent, et les bâtiments furent en partie démantelés par l’acquéreur, le négociant Gosset. Aujourd’hui, il ne subsiste que des vestiges du XIIIe siècle (porte d’entrée, aile orientale du cloître) et le palais abbatial du XVIIIe siècle, classés Monuments Historiques en 2014. L’abbaye reste une propriété privée, témoin silencieux de huit siècles d’histoire religieuse et sociale.

L’organisation de l’abbaye reposait sur une abbesse, souvent issue de la noblesse, assistée de dignitaires comme la prieure ou la cellérière. Les religieuses, divisées en professes (issues de l’aristocratie) et converses (chargées des travaux manuels), vivaient selon la règle cistercienne. L’abbaye accueillait aussi des pensionnaires, des écolières, et des données (laïques aidant les converses). Deux chapelains assuraient les offices religieux. Les revenus provenaient de fermes, de moulins (comme celui de La Fosse, acquis en 1236), et de vignes, exploités par des fermiers sous contrats stricts.

L’église abbatiale, dédiée à la Vierge Marie, servait à la fois aux religieuses et aux paroissiens des hameaux voisins. Elle abritait des reliques, dont une tête de saint Clément offerte en 1714, et servait de nécropole pour les religieuses et les seigneurs locaux, comme les Brilhac de Tachainville. Détruite après la Révolution, elle fut fouillée en 1900, révélant des fondations, des tombes et des objets liturgiques (calices, chasubles). Son mobilier, comme les boiseries Renaissance, fut en partie transféré à l’église de Fontenay-sur-Eure.

Les bâtiments conventuels s’organisaient autour d’un cloître du XIIIe siècle, avec une salle capitulaire, un réfectoire, et un dortoir. Le palais abbatial, construit en 1740 par l’abbesse Denise-Françoise des Moustiers, abritait ses appartements et ceux de ses invités. Une ferme intégrée à l’enceinte, séparée par un mur, assurait l’autosuffisance alimentaire. Le canal du Boisseau, creusé au XVIIe siècle, alimentait l’abbaye en eau. Les dépendances extérieures incluaient des moulins (La Fosse, Boisseau), des fermes (Ermenonville, Rosay), et des vignes à Luisant, exploitées jusqu’à la Révolution.

La vie quotidienne était rythmée par les offices religieux, le travail manuel (pour les converses), et la gestion des domaines. Les religieuses, vêtues de blanc avec un scapulaire écarlate, suivaient une règle stricte de silence et de prière. L’abbaye jouait aussi un rôle social, accueillant des malades, des veuves en retraite, et éduquant des jeunes filles de familles nobles. Les conflits avec les seigneurs voisins (comme Robert de Chartres en 1294) ou les difficultés financières (notamment après les guerres) marquèrent son histoire, reflétant les tensions entre pouvoir religieux et laïc.

Les vestiges actuels se limitent à la porte d’entrée fortifiée (XIIIe siècle), une partie du bâtiment des religieuses (salle capitulaire et dortoir), et le palais abbatial (XVIIIe siècle). Ces éléments, classés en 2014, rappellent l’importance passée de l’abbaye, aujourd’hui réduite à une propriété privée. Les fouilles et études récentes (comme celles de l’archéologue Franck Tournadre en 2011) ont permis de mieux comprendre son architecture et son organisation spatiale, malgré la disparition de la plupart des bâtiments après la Révolution.

Liens externes