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Abbaye de la Crête

Abbaye de la Crête

  • Bourdons-sur-Rognon
Abbaye de la Crête
Abbaye de la Crête
Crédit photo : Angeroux - Sous licence Creative Commons
Propriété d'une association ; propriété privée

Frise chronologique

Moyen Âge central
Bas Moyen Âge
Renaissance
Temps modernes
Révolution/Empire
XIXe siècle
Époque contemporaine
1100
1200
1700
1800
1900
2000
1118
Installation des moines
1121
Fondation de l'abbaye
1715-1750
Reconstruction majeure
1794
Vente et démolition
Aujourd'hui
Aujourd'hui

Patrimoine classé

Bâtiment situé sur le côté Sud de la cour de la porterie (rez-de-chaussée voûté d'arêtes) ; sections d'enceinte comprises entre la porterie et le pigeonnier ; pigeonnier (cad. F 35, 305) : inscription par arrêté du 1er décembre 1988 ; Ancienne porterie avec son pont d'accès (cad. F 306, DP 302) : classement par arrêté du 30 décembre 1991

Personnages clés

Simon II de Clefmont Seigneur fondateur de l'abbaye de la Crête.
Baudoin Premier abbé de l'abbaye de la Crête.
Gui de Bonnecourt Seigneur et frère de Baudoin, moine de Morimond.

Origine et histoire

L'abbaye de La Crête, dite autrefois La Chreste, est une abbaye cistercienne fondée en 1121 par Simon II de Clefmont avec des moines venus de Morimond, dont elle est la deuxième fille. Elle se trouve sur la commune de Bourdons-sur-Rognon, en Haute-Marne, dans la vallée du Rognon, à trente kilomètres au nord-est de Chaumont. Le nom de La Crête est interprété soit comme dérivé du latin crista, au sens de cime ou faîte, soit comme une formation liée à Christ. La fondation s'inscrit dans le mouvement de réforme monastique qui, à l'aube du XIIe siècle, voit l'essor des Cisterciens partis de Cîteaux et de maisons comme Morimond. Un bâtiment existait déjà au lieu-dit « la Vieille Crête » ; des moines de Morimond l'occupèrent vers 1118 puis, jugent le site peu favorable, acceptèrent l'offre du seigneur de Clefmont qui donna un emplacement, conforme à l'idéal cistercien, au bord du Rognon. Baudoin, moine de Morimond et frère du seigneur Gui de Bonnecourt, fut le premier abbé et s'y installa avec douze religieux. Les moines travaillèrent à la construction du monastère en faisant appel aussi à des ouvriers salariés dont on a retrouvé les marques sur des pierres sculptées ; faute de documents précis, seule la ressemblance du plan de l'église avec celui de Clairvaux permet de penser que l'église fut édifiée avant 1150. Une chronique légendaire associant l'abbaye au tombeau de Mérovée est mentionnée dans des manuscrits locaux, mais elle relève apparemment de l'invention d'un moine désireux d'affirmer une origine antique.
Aucune construction médiévale ne subsiste aujourd'hui, mais le plan de 1705 et les vestiges du XVIIIe siècle aident à reconstituer l'organisation monastique : l'église, orientée à l'est, occupait le centre, le cloître organisait la vie conventuelle et la salle capitulaire accueillait la lecture de la règle et la répartition des tâches. Le dortoir jouxtait l'église et un dortoir spécifique accueillait les convers, qui assuraient les travaux agricoles, le moulin, la boulangerie et l'élevage ; un colombier témoigne encore de ces activités. Le réfectoire, la cuisine et d'autres bâtiments domestiques complétaient l'ensemble ; la porterie, point de contact avec l'extérieur et lieu d'accueil des visiteurs, subsiste en un bel édifice du XVIIIe siècle classé monument historique, de même que le pont sur le Rognon.
Les archives permettent de connaître la hiérarchie interne : abbé élu à vie, prieur, cellérier, sacristain, frère hôtelier, chantre et scribe figurent parmi les officiers mentionnés pour les XIIe et XIIIe siècles. L'abbaye reçut un important soutien aristocratique : les comtes de Champagne et les ducs de Lorraine lui accordèrent forges, exemptions de péage et participations à la création de villages, tandis que les seigneurs locaux, agents seigneuriaux, bourgeois et artisans firent de fréquentes donations. La papauté confirma ses biens et privilèges par plusieurs bulles et l'abbaye bénéficia des confirmations de plusieurs évêchés voisins.
En tant que seigneur foncier, La Crête contribua au défrichement et à la mise en culture des terres, cultivant avoine et blé pour la fabrication du pain et cultivant des légumes dans ses jardins. Les moines pratiquaient l'élevage, notamment de porcs, exploitaient forêts et droits de pêche sur le Rognon et la Marne, utilisaient l'eau pour moudre le grain et actionner forges et marteaux, et possédaient autrefois des vignes sur les coteaux des vallées locales ainsi qu'un pressoir attesté en 1228. À la fin du XIIIe siècle, l'abbaye possédait des maisons disséminées dans neuf villages et dans plusieurs villes, tirait des revenus d'au moins vingt places de salines à Moyenvic, exploitait deux forges et percevait cens, redevances sur neuf moulins et émoluments liés à quatre fours. Elle exerçait aussi parfois la justice en ses tenures et participa à la fondation de villages tels que Chantraines, Bourdons-sur-Rognon et Consigny. La Crête fonda à son tour quatre maisons filles : Saint-Benoît-en-Woëvre, Vaux-en-Ornois, les Feuillants et Matallana.
La richesse et les détournements de la règle monastique suscitèrent critiques et transformations dans l'Église, tandis que l'abbaye fut affectée par des crises successives : épidémies de peste, bandes de mercenaires, guerres de religion et épisodes de pillage. Elle fut élevée au rang d'abbaye royale et connut la pratique des abbayes commendataires, dont les manquements à l'entretien entraînèrent des conflits et des procédures judiciaires au début du XVIIIe siècle. Des travaux de restauration et de reconstruction eurent lieu entre 1715 et 1750, avec notamment le logis abbatial daté de 1722, des ailes du cloître et la porterie actuelle ; d'autres bâtiments furent édifiés après 1750, puis la Révolution entraîna la nationalisation et la vente en 1794, suivie de la démolition par l'acquéreur.
Les vestiges visibles aujourd'hui reflètent principalement l'ambitieuse reconstruction du XVIIIe siècle : la porterie au corps central incurvé, le palais abbatial, le pigeonnier, une partie du mur d'enceinte et l'écurie voûtée sur piliers d'inspiration décorative. Des initiatives privées et associatives, notamment l'association Renaissance de La Crête et l'Association pour la sauvegarde de la vallée du Rognon, se mobilisent pour la conservation et la mise en valeur du site. La filiation monastique de La Crête renvoie à l'abbaye-mère de Morimond.

Liens externes

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