Patrimoine classé
Vestiges comprenant l'église (choeur, ailes Nord et Sud du transept, croisée avec tour-lanterne, reste de la nef et bas-côté sud, façade Ouest) ; restes du cloître dénommés Les Voûtes (jusqu'à leur jonction avec l'aile Sud du transept) et les arcatures du lavatorium avec les deux piles qui le délimitent et la jonction du cloître avec le bas-côté Sud de l'église ; porte et fenêtre du mur Nord du prieuré ; aumônerie du XVe siècle (entrée de l'ancienne abbaye) ; entrée du XVIIIe siècle avec ses piliers, sa grille, le perron décoré d'une niche et les deux escaliers à la suite ; aqueduc : classement par arrêté du 28 février 1928 ; Sol sur lequel l'église abbatiale a été construite avec les substructions qu'il renferme ; bâtiments Sud du cloître (parties subsistantes des celliers, du réfectoire et des anciennes cuisines) ; bâtiment Ouest du cloître, sol du cloître avec les substructions qu'il renferme (galeries et aire, y compris le sol sur lequel des bâtiments étaient construits àl'Est et au Sud) ; ruines du colombier ; deux gisants du XIIe siècle déposés dans le choeur de l'église abbatiale (cad. 680p, 681p) : classement par arrêté du 30 septembre 1959 ; Façades et toitures du corps du bâtiment central, des bâtiments des communs et de la buanderie ; le miroir d'eau ; les lambris de la salle à manger et du salon, la cheminée de la chambre de l'abbé, les boiseries et mangeoires de l'écurie (du logis abbatial) (cad. A 432p, 447) : classement par arrêté du 29 février 1964 ; Façades et toitures des deux granges à dîmes du XVIIe siècle, du bâtiment de ferme proprement dit (comprenant anciennement maison d'habitation, écurie, étable et pressoir) et du moulin ; la maison des cygnes (cad. ZA 2, 3, 5) : inscription par arrêté du 6 novembre 1986
Personnages clés
| Hasculphe de Subligny - Fondateur et seigneur d’Avranches |
Initiateur de l’abbaye en 1143 avec son frère. |
| Richard d’Avranches - Évêque d’Avranches et cofondateur |
Consacre la première église en 1143. |
| Guillaume de Saint-Jean - Seigneur et bienfaiteur |
Offre le terrain définitif en 1162. |
| Jean de La Beslière - Abbé réformateur (1596–1630) |
Restaure les voûtes et la vie conventuelle. |
| Marcel Lelégard - Abbé restaurateur (1959–1994) |
Sauve l’abbaye et lance sa reconstruction. |
| Achard de Saint-Victor - Évêque d’Avranches (XIIe s.) |
Enterré dans l’abbatiale en 1171. |
Origine et histoire de l'Abbaye
L’abbaye Sainte-Trinité de La Lucerne, fondée en 1143 par Hasculphe de Subligny et son frère Richard, évêque d’Avranches, est un monastère prémontré implanté dans la vallée du Thar, en Normandie. Initialement établie sur un site marécageux nommé Courbefosse, la communauté est déplacée en 1145 vers un terrain offert par Guillaume de Saint-Jean, puis définitivement installée en 1162 au lieu-dit la Luzerne. L’église abbatiale, de style roman à influences cisterciennes, est consacrée en 1178. Les donations des seigneurs locaux et des rois de France et d’Angleterre enrichissent rapidement l’abbaye.
Au XIIIe siècle, l’abbaye connaît un âge d’or : le chevet est remanié avec des fenêtres gothiques, les chapelles du transept sont agrandies, et un cloître en pierre remplace l’ancien cloître de bois. La guerre de Cent Ans (XIVe–XVe siècles) endommage les bâtiments, nécessitant des restaurations sous les abbés Jean du Rocher et Philippe Badin. La nef, ruinée, est voûtée en bois faute de moyens. Au XVe siècle, l’abbé Richard Ier de Laval reconstruit partiellement le cloître et la porterie, tandis que le colombier médiéval, l’un des plus anciens de Normandie, est préservé.
Au XVIe siècle, l’abbaye passe en commende, mais l’abbé Jean de La Beslière (nommé en 1596) redonne vie à la communauté en restaurant les voûtes de l’abbatiale et les bâtiments conventuels. Au XVIIe siècle, malgré la commende, les chanoines rachètent leur autonomie et élisent leurs abbés, comme Jean Éthéart (1700–1712), qui reconstruit une partie des bâtiments en granite bleu de Carolles. Le cloître et le grand bâtiment conventuel sont réédifiés sous ses successeurs, dont Hyacinthe des Noires-Terres. Le logis abbatial, de style classique, est reconstruit vers 1740 par Jean-Baptiste Pellevé.
La Révolution française ferme l’abbaye en 1790. Vendue comme bien national, elle devient une filature de coton sous Louis Gallien (1794–1834), puis une marbrerie jusqu’en 1870. Au XIXe siècle, la nef s’effondre (1837), et les pierres de l’abbaye servent à construire un moulin hydraulique. En 1959, l’abbé Marcel Lelégard acquiert les ruines et lance une restauration exemplaire : reconstruction de la nef (1988–2004), restauration du clocher, du réfectoire et des celliers. Depuis 2022, l’abbaye accueille à nouveau une communauté religieuse et un centre spirituel.
L’ensemble architectural, classé aux monuments historiques dès 1928, allie éléments romans (façade, cloître), gothiques (tour-lanterne, fenêtres du chevet) et classiques (logis abbatial). Le site comprend aussi un colombier du XIIIe siècle, des jardins médiévaux et romantiques, et un aqueduc du XIXe siècle. L’abbaye abrite 43 objets classés, dont des gisants du XIIe siècle. Son histoire reflète les bouleversements religieux, politiques et économiques de la Normandie, de sa fondation médiévale à sa renaissance contemporaine.