Origine et histoire de l'Abbaye de la Trinité
L'abbaye de la Trinité de Beaulieu-lès-Loches a été fondée vers 1007 par Foulque Nerra, comte d'Anjou, à son retour d'un pèlerinage en Terre sainte. Ce dernier, cherchant à expier ses crimes, dota l'abbaye de reliques du Saint-Sépulcre et de privilèges exceptionnels, comme le droit de battre monnaie. L'église initiale, à nef unique de 14 mètres de largeur, fut consacrée soit en 1007, soit en 1012, par le légat du pape Jean XVIII, après le refus de l'évêque de Tours. Un ouragan détruisit sa charpente peu après, nécessitant une reconstruction avec des voûtes de pierre et une division en trois vaisseaux.
Au XIe siècle, Geoffroy Martel, fils de Foulque Nerra, reconstruisit l'abbatiale pour abriter le tombeau de son père. Ce nouvel édifice, l'une des plus grandes églises romanes de France, fut probablement consacré en 1052. Son clocher de 61 mètres, construit entre 1163 et 1170, témoigne de son prestige. L'abbaye subit de nombreux pillages et destructions, notamment pendant la guerre de Cent Ans (1359, 1412) et les guerres de Religion (1562). Malgré des reconstructions partielles aux XVe et XVIe siècles, seule une partie de la nef subsista.
Au XVIIe siècle, l'abbé Louis Voyer d'Argenson introduisit la réforme de Saint-Maur en 1662, modernisant les bâtiments conventuels. Le clocher, menacé de ruine, fut restauré entre 2016 et 2018. L'église, devenue paroissiale après la Révolution sous le vocable de Saint-Pierre-Saint-Paul, conserve des éléments romanes et des traces de son histoire tourmentée. Elle fut classée monument historique en 1944, préservant ainsi un patrimoine architectural et spirituel majeur de la Touraine.
Les abbés marquants incluent Foulque Nerra, fondateur, et Geoffroy Martel, reconstructeur, ainsi que des figures comme Jean Bernard, archevêque de Tours, ou Charles Boileau, membre de l'Académie française. Les chartes de fondation, étudiées par des historiens comme Louis Halphen et John Ottaway, révèlent l'importance politique et religieuse de l'abbaye, liée aux comtes d'Anjou et à la papauté.
L'architecture de l'abbaye reflète des influences variées, des voûtes romanes aux modifications gothiques et classiques. La nef, initialement conçue pour une charpente, fut adaptée pour des voûtes en pierre, illustrant les évolutions techniques médiévales. Le clocher, symbole de sa puissance, domine toujours le paysage de Beaulieu-lès-Loches, rappelant son rôle central dans l'histoire locale et régionale.