Patrimoine classé
Eglise de la Trinité : classement par liste de 1840 ; Parties des anciens bâtiments conventuels : galerie Sud du cloître ; façades et toitures des bâtiments Ouest et Est (y compris de l'aile en retour) avec les vestiges subsistants des galeries Ouest et Est du cloître qu'ils abritent à rez-de-chaussée, ainsi que les escaliers dans le bâtiment Est et dans le bâtiment Ouest ; façades et toitures de la galerie Nord ; emprise foncière du sol de l'ancien cloître (cad. AZ 165) ; façade Sud et versant de toiture correspondant de l'ancienne porterie ; façades et toitures du bâtiment dit de l'ancien moulin (maison des anciens) , à l'exception des constructions adventices ; tour dite de la Maîtrise, à l'exception des aménagements fonctionnels contemporains, avec l'ensemble des vestiges subsistants de l'ancienne enceinte fortifiée, les façades et les toitures des bâtiments restants en bordure Est de la cour de la Maîtrise avec l'emprise foncière de celle-ci (cad. AZ 152) ; ensemble des vestiges archéologiques connus ou à découvrir pouvant subsister dans l'ancien enclos abbatial, soit en sous-sol de l'actuelle place du Général-Leclerc (cad.non cadastré) (cad. AZ 140, 152, 165, 170, 198, 204, 252, 254, 275, 276) : inscription par arrêté du 30 mars 1992
Personnages clés
| Waneng - Comte de Caux et fondateur |
Créa le monastère de moniales en 658. |
| Richard Ier de Normandie - Duc de Normandie |
Fonda la collégiale en 990 dans son palais. |
| Guillaume de Volpiano - Premier abbé réformateur (1001-1028) |
Instaurateur de la règle bénédictine et intellectuel. |
| Henri de Sully - Abbé reconstructeur (XIIe siècle) |
Dirigea la reconstruction gothique post-incendie. |
| Raoul d'Argences - Abbé bâtisseur (1190-1219) |
Acheva la nef et la façade ouest. |
| Guillaume le Conquérant - Duc de Normandie et roi d’Angleterre |
Soutenu financièrement par l’abbaye en 1066. |
Origine et histoire de l'Abbaye de la Trinité
L'abbaye de la Trinité de Fécamp, fondée au VIIe siècle comme monastère de moniales sous l’impulsion de Waneng, comte de Caux, devient une collégiale en 990 sous Richard Ier de Normandie. Transformée en abbaye bénédictine en 1001 par Richard II, elle est réformée par Guillaume de Volpiano, disciple de Cluny, et devient un foyer intellectuel et artistique majeur en Normandie. Son église, reconstruite après un incendie en 1168, mêle styles roman et gothique primitif, avec un chevet du XIIe siècle et une nef achevée au XIIIe.
Le Précieux Sang, relique centrale de l’abbaye découverte en 1171, attire les pèlerins et inspire des légendes locales. L’abbaye, richement dotée en terres et droits maritimes (Vicomté de la mer), joue un rôle politique et religieux jusqu’à la Révolution. En 1649, elle est réformée par les Mauristes, puis sécularisée en 1790. Classée monument historique dès 1840, elle subit des restaurations aux XIXe et XXIe siècles, dont la récupération en 2023 du reliquaire du Précieux Sang volé en 2022.
L’architecture de l’abbatiale, longue de 127 mètres, combine une façade classique du XVIIIe siècle, une nef gothique à trois niveaux, et un chevet roman remanié. Le transept abrite une horloge astronomique (1667) et des gisants ducaux, tandis que les vitraux (XIIIe–XVIe siècles) et les orgues Cavaillé-Coll (1883) témoignent de son rayonnement artistique. La chapelle axiale, dédiée à Notre-Dame, et le tabernacle du Précieux Sang soulignent son statut de lieu de pèlerinage.
L’abbaye, nécropole des ducs Richard Ier et Richard II, abrite aussi les tombes d’abbés comme Guillaume de Volpiano et Thomas de Saint-Benoît. Son scriptorium (XIe–XIIe siècles) produit plus de 90 manuscrits, reflétant les échanges culturels anglo-normands post-1066. Les Mauristes, au XVIIe siècle, restaurent les bâtiments conventuels selon leurs principes, avant que la Révolution ne disperse sa bibliothèque (4 880 volumes) et ne transforme l’église en « Temple de la Raison ».
Le temporel de l’abbaye, incluant des baronnies (Fécamp, Vittefleur) et des droits maritimes, en fait une puissance économique. Ses possessions s’étendent jusqu’en Angleterre (Sussex), où des moines de Fécamp deviennent évêques après 1066. La Vicomté de la mer, créée pour défendre les côtes, illustre son rôle stratégique. Les sceaux abbatiaux (à partir du XIIe siècle) et son blason aux trois mitres symbolisent sa juridiction sur d’autres abbayes normandes.
Classée aux monuments historiques, l’abbaye conserve des vestiges roman (chapelles nord), des clôtures Renaissance, et un mobilier liturgique remarquable. Les restaurations modernes (1840, 1960, 2007) préservent ce patrimoine, malgré des vols comme celui du reliquaire en 2022. Aujourd’hui, elle reste un symbole du monachisme normand et de l’art gothique, tout en abritant des trésors comme les vitraux de la Vie de sainte Catherine ou l’orgue de Cavaillé-Coll.