Origine et histoire de l'Abbaye de la Victoire
L’abbaye de la Victoire fut fondée en 1222 par Philippe-Auguste pour commémorer ses victoires à Bouvines (1214) et en Anjou. L’évêque Guérin de Senlis, présent à Bouvines, céda un terrain près de son château de Mont-l’Évêque, où la première pierre fut posée en 1221. Douze moines de Saint-Victor de Paris s’y installèrent en 1224, sous la direction de l’abbé Jean-Baptiste. L’église fut consacrée en 1225, et l’abbaye bénéficia de dons royaux et épiscopaux, dont 1 000 livres de Louis VIII.
En 1287, l’abbaye obtint son indépendance vis-à-vis de Saint-Victor après un arbitrage annulant les lettres patentes de Louis VIII. Au XVe siècle, la guerre de Cent Ans força les chanoines à quitter les lieux. Louis XI y prépara des traités de paix (1475) et finança la reconstruction de l’église, achevée en 1529. Il y fit aussi construire un château, jamais terminé, démoli en 1555. Les conflits internes et la commende (à partir de 1552) marquèrent la fin du Moyen Âge.
Au XVIe siècle, l’abbaye rejoignit la congrégation de Château-Landon mais souffrit de désordres financiers et de conflits avec l’évêché de Senlis. Malgré des réformes au XVIIIe siècle, elle déclina : en 1783, l’évêque Armand de Roquelaure obtint sa suppression, et ses biens furent réunis à l’évêché. Vendue comme bien national en 1791, elle fut partiellement démolie. Au XIXe siècle, le domaine devint une résidence privée, transformée en château et parc à l’anglaise par la famille Mazeau.
Aujourd’hui, l’abbaye se limite à des ruines classées (église du XVe siècle, ferme du XVIe, pavillon de l’Anguillière) au sein d’un parc privé. Le logis abbatial, remanié au XIXe siècle, a perdu son caractère médiéval. Le site, fermé au public depuis 2011, conserve cependant des éléments architecturaux notables, comme les vestiges de l’abbatiale et la maison des moines, rénovée en 2009. Son histoire reflète les bouleversements religieux et politiques de la France, de Philippe-Auguste à la Révolution.
Parmi les personnages marquants, Guérin de Senlis joua un rôle clé dans la fondation, tandis que Louis XI y laissa une empreinte durable. Les abbés commendataires, comme Charles de Minerai ou Armand de Roquelaure, illustrent les tensions entre pouvoir royal et vie monastique. La transformation en résidence aristocratique au XIXe siècle, avec des propriétaires comme Henri-Constant Mazeau, marqua sa dernière métamorphose avant son classement partiel aux Monuments historiques (1927, 1989).