Origine et histoire de l'Abbaye
L’abbaye de Lesterps trouve son origine à la fin du Xe siècle, lorsque Jourdain Ier, seigneur de Chabanais, fonda une communauté religieuse autour d’une chapelle nommée Stirpis (« défrichement » en latin). Vers 1032, cette fondation fut officialisée sous le vocable de saint Pierre, avec l’approbation de sa famille, dont son fils Boson, moine au Mont-Cassin, et Renaud, abbé de Charroux. L’abbaye adopta la règle de saint Augustin en 1038 sous l’impulsion de Gautier, un chanoine du Dorat, devenant ainsi une abbaye augustinienne.
Au XIe siècle, l’abbaye connut des violences lorsque Jourdain II, fils du fondateur, s’empara du monastère en 1040 pour rançonner la région. Le conflit avec Adalbert II, comte de la Marche, dévaste l’abbaye : l’église fut partiellement détruite et Gautier, alors en pèlerinage en Terre sainte, échappa au massacre. À son retour, il reconstruit l’abbaye avec l’aide du pape Benoît IX et du roi Henri Ier. Gautier mourut en 1070 et fut canonisé sous le nom de saint Gautier, son culte s’établissant en 1091.
Les XIIe et XIIIe siècles virent l’abbaye prospérer malgré des scandales internes. L’abbé Ramnulfe (1110–1140) agrandit le chevet avec un déambulatoire et des chapelles rayonnantes, tandis que des enquêtes pontificales en 1198 et 1234 révélèrent des accusations de dilapidation, simonie et violences contre les abbés Boson et Aymeric. Un terrier établi entre 1473 et 1480 atteste de son influence sur sixty paroisses dépendantes.
Les guerres de Religion ravagèrent l’abbaye en 1567 : les calvinistes de Compaignac, lieutenant de Coligny, pillèrent et incendièrent le monastère, laissant les lieux en ruines pendant un siècle. Au XVIIe siècle, l’abbé commendataire Charles-François de La Vieuville introduisit les chanoines génovéfains, qui restaurèrent partiellement les bâtiments. Malgré des réparations, l’église, devenue dangereuse, fut interdite en 1738 et vendue comme bien national en 1790. Au XIXe siècle, ses pierres servirent de carrière pour construire l’école du village.
De l’abbaye subsistent aujourd’hui trois travées de la nef romane, couvertes d’un berceau, et un clocher-porche de 43 mètres, classé monument historique depuis 1862. Les bâtiments monastiques, dont la salle capitulaire transformée en mairie, datent des XVIIe et XVIIIe siècles. Le chœur et le transept, effondrés vers 1815, ne sont plus visibles, mais des traces architecturales (chapiteaux du XIIe siècle, arrachements de voûtes) témoignent de sa grandeur passée.