Frise chronologique
1089
Fondation de l'abbaye
Fondation de l'abbaye
1089 (≈ 1089)
Par Burckart de Gueberschwihr après une vision.
1092
Don du comte Albert Ier
Don du comte Albert Ier
1092 (≈ 1092)
Terres à Herrlisheim avec dîmes attachées.
1124
Départ des chanoinesses
Départ des chanoinesses
1124 (≈ 1124)
Fondation du couvent de Schwartzenthann.
1220
Érection en abbaye
Érection en abbaye
1220 (≈ 1220)
Le prieuré obtient la crosse abbatiale.
1791
Vente comme bien national
Vente comme bien national
1791 (≈ 1791)
Début des démolitions jusqu’en 1830.
1988
Classement Monument Historique
Classement Monument Historique
1988 (≈ 1988)
Protection du narthex et du mur d’enceinte.
Aujourd'hui
Aujourd'hui
Aujourd'hui
Aujourd'hui (≈ 2025)
Position de référence.
Patrimoine classé
L'ancien narthex en totalité, le mur d'enceinte, y compris les portes et l'emprise au sol de l'ancienne abbaye (cad. Obermorschwihr 12 3, 29 ; Eguisheim 68 1, lieudit Marbach) : classement par arrêté du 5 mai 1988
Personnages clés
| Burckart de Gueberschwihr - Fondateur de l’abbaye |
Chevalier ayant financé la construction. |
| Manegold de Lautenbach - Premier abbé (1089–1103) |
Introduisit la règle augustinienne et défendit Grégoire VII. |
| Frédéric Barberousse - Protecteur impérial |
Soutint l’abbaye dès 1153. |
| Guta de Schwartzenthann - Chanoinesse et copiste |
Auteure du *Codex Guta-Sintram* (1154). |
| Sintram von Marbach - Enlumineur |
A illustre le *Codex Guta-Sintram*. |
Origine et histoire
L'abbaye de Marbach fut fondée en 1089 par le chevalier Burckart de Gueberschwihr, un vassal de l'église de Strasbourg. Selon la légende, il aurait eu une vision divine lui ordonnant de construire un monastère sur les lieux où il s’était endormi près du ruisseau du Marbach. Burckart y consacra sa fortune personnelle et reçut des dons de nobles alsaciens, dont les comtes d’Eguisheim. L’abbaye fut d’abord un monastère double, abritant à la fois des chanoines et des chanoinesses, ces dernières quittant Marbach vers 1124 pour fonder le couvent de Schwartzenthann.
L’établissement adopta la règle des chanoines réguliers de saint Augustin sous l’impulsion de Manegold de Lautenbach, un érudit ayant défendu le pape Grégoire VII contre l’empereur Henri IV. Manegold devint le premier abbé et obtint la protection des papes Urbain II et Pascal II. L’abbaye connut un essor rapide, devenant la maison mère de plusieurs monastères en Alsace, Allemagne et Suisse. Cependant, elle subit des pillages, des incendies (notamment en 1253, 1290, et 1525) et des conflits, comme l’assassinat du prévôt en 1214. Malgré ces épreuves, elle fut reconstruite et protégée par des figures comme Frédéric Barberousse.
Au XVe siècle, face à une discipline relâchée, l’abbaye fut incorporée à la congrégation de Windesheim. Elle survécut aux guerres (Paysans, Trente Ans) avant d’être vendue comme bien national en 1791. Démolie entre 1791 et 1830, il n’en reste aujourd’hui que le narthex roman (XIIe siècle), le mur d’enceinte du XVe siècle, et des vestiges du chœur. Le site abrite désormais un institut médico-éducatif. L’abbaye est classée Monument Historique depuis 1988.
Parmi les trésors perdus figure le Codex Guta-Sintram (1154), un manuscrit enluminé réalisé dans son scriptorium, aujourd’hui conservé à Strasbourg. Le narthex, sauvé de la destruction, servit d’auberge puis de quarantaine avant sa restauration en 1992. Les pierres de l’abbaye, vendues comme matériaux, se retrouvent dans des églises locales, comme à Colmar ou Obermorschwihr.
L’histoire de Marbach est marquée par des figures comme Burckart, son fondateur, et Manegold, son premier abbé, mais aussi par des conflits avec les seigneurs de Hattstatt ou les ravages des guerres. Son déclin s’amorça avec la Révolution, scellant le sort de ce qui fut l’une des plus grandes abbayes d’Alsace (65 m de long).