Frise chronologique
1226
Fondation de l’abbaye
Fondation de l’abbaye
1226 (≈ 1226)
Créée par Jeanne de Constantinople et Ferrand de Flandre.
1236
Transfert définitif des religieuses
Transfert définitif des religieuses
1236 (≈ 1236)
Installation à Marquette après échange avec Laon.
1297
Pillage par Philippe le Bel
Pillage par Philippe le Bel
1297 (≈ 1297)
Troupes royales saccagent l’abbaye.
1382
Séjour de Charles VI
Séjour de Charles VI
1382 (≈ 1382)
Préparation à la bataille de Roosebeke.
1566
Fureur iconoclaste
Fureur iconoclaste
1566 (≈ 1566)
Destructions par les protestants hérétiques.
1578
Attaque des Hurlus
Attaque des Hurlus
1578 (≈ 1578)
Siège repoussé, légende de la Vierge protectrice.
1670
Visite de Marie-Thérèse d’Autriche
Visite de Marie-Thérèse d’Autriche
1670 (≈ 1670)
Épouse de Louis XIV en pèlerinage.
1708
Siège pendant la guerre de Succession
Siège pendant la guerre de Succession
1708 (≈ 1708)
Affrontements près de l’abbaye.
1792
Incendie révolutionnaire
Incendie révolutionnaire
1792 (≈ 1792)
Destruction et profanation des sépultures.
2005
Inscription aux Monuments Historiques
Inscription aux Monuments Historiques
2005 (≈ 2005)
Protection des vestiges archéologiques.
Aujourd'hui
Aujourd'hui
Aujourd'hui
Aujourd'hui (≈ 2025)
Position de référence.
Patrimoine classé
Les vestiges de l'abbaye, sol et sous-sol (cad. B 667 à 671, 699, 773, 1112, 1129, 3940, 3947, 3948) : inscription par arrêté du 30 mars 2005
Personnages clés
| Jeanne de Constantinople - Fondatrice de l’abbaye |
Comtesse de Flandre, y fut inhumée. |
| Ferrand de Flandre - Co-fondateur et premier inhumé |
Mausolée construit par Jeanne en 1233. |
| Marguerite III de Bachemont - 28e abbesse (XVIe siècle) |
Reconstruit l’abbaye après 1566. |
| Geneviève-Armande-Élisabeth de Rohan-Guéméné - Abbesse (XVIIIe siècle) |
Issue de la noblesse bretonne. |
| Anne Delavaux - Ancienne soldat espagnole |
Retraitée à l’abbaye sous un nom masculin. |
| Michel Gousselaire - Prêtre et historien |
A écrit sur les abbayes locales. |
Origine et histoire
L’abbaye du repos Notre-Dame, aussi appelée Reclinatorium B. Virginis, fut fondée en 1226 par Jeanne de Constantinople et son époux Ferrand de Flandre, près du pont de Marque. Initialement située à Marcq, elle fut transférée à Marquette en 1227 par échange avec les moines de Laon, avant que les religieuses ne s’y installent définitivement en 1236. L’abbaye, dépendante de Clairvaux, abritait le mausolée de Ferrand de Flandre, où Jeanne le rejoignit après sa mort. Elle fut un lieu de pouvoir et de spiritualité, lié au diocèse de Tournai.
Au fil des siècles, l’abbaye connut des péripéties violentes : pillée en 1297 par les troupes de Philippe le Bel, elle servit de prison pour des nobles anglais en 1340 pendant la guerre de Cent Ans. En 1382, Charles VI y séjournait avant la bataille de Roosebeke. Les conflits religieux marquèrent aussi son histoire : en 1566, elle subit la fureur iconoclaste des protestants, puis en 1578, une attaque des Hurlus (calvinistes) fut repoussée, donnant naissance à une légende mariale. Une chapelle, érigée en 1618 près du pont, devint un lieu de pèlerinage jusqu’à la Révolution.
Le XVIIe siècle vit l’abbaye accueillir des personnalités comme Marie-Thérèse d’Autriche (1670) et servir de refuge aux moniales lors des guerres. En 1708, pendant la guerre de Succession d’Espagne, elle fut le théâtre d’affrontements entre Français et coalisés. Un incendie en 1792 ravagea les lieux, violant les sépultures, dont celle de Jeanne de Constantinople. Les vestiges, inscrits aux Monuments Historiques en 2005, révèlent aujourd’hui des chapiteaux médiévaux et la lame funéraire de la fondatrice, tandis qu’un vicus et un cimetière mérovingien furent découverts à proximité.
L’abbaye fut dirigée par 38 abbesses, dont Marguerite III de Bachemont (XVIe siècle), qui reconstruit partiellement les lieux après les destructions de 1566, et Geneviève-Armande-Élisabeth de Rohan-Guéméné (XVIIIe siècle), issue d’une illustre famille noble. Des figures comme Anne Delavaux (soldate espagnole retirée à l’abbaye) ou Michel Gousselaire (prêtre et historien des monastères) y furent liées. L’abbaye, symbole de résistance et de dévotion, disparut presque entièrement, ne laissant que des traces archéologiques et une chapelle commémorative (1925).
Son héritage perdure à travers des bâtiments comme le lycée Notre-Dame d’Annay à Lille, ancien refuge des moniales, dont la façade en taille de diamant est classée. Les fouilles (2005–2007) ont exhumé des artefacts médiévaux et antiques, témoignant de l’occupation multiséculaire du site, des Mérovingiens aux Cisterciennes. L’abbaye illustre ainsi les turbulences politiques et religieuses du nord de la France, entre protection royale, guerres et ferveur populaire.