Origine et histoire de l'Abbaye
L'abbaye de Montivilliers, fondée entre 682 et 684 par saint Philibert, est un monastère bénédictin féminin situé à Montivilliers, en Seine-Maritime. Initialement détruit par les Vikings au IXe siècle, il est reconstruit en 1025 sous l’impulsion de Richard II de Normandie, puis rendu autonome en 1035 par Robert le Magnifique, redevenant une abbaye de femmes sous l’autorité de Béatrice de Normandie. L’église abbatiale, édifiée au XIe siècle, reflète l’architecture normande de l’époque de Guillaume le Conquérant, tandis que des modifications majeures interviennent aux XVe, XVIIe et XVIIIe siècles.
Au XVe siècle, la nef est partiellement reconstruite dans un style gothique flamboyant, et la paroisse Saint-Sauveur y ajoute un vaisseau latéral. Du XVIe au XVIIIe siècle, l’abbaye prospère, notamment sous Louise de L’Hospital (1596-1643), qui y introduit des réformes en 1602. Après la Révolution, les bâtiments sont convertis en usages industriels (filature, raffinerie, brasserie) avant d’être restaurés à partir de 1977 pour abriter des équipements culturels comme la bibliothèque Condorcet.
L’église abbatiale, classée Monument Historique dès 1862, conserve des éléments romans (clocher du XIe siècle, façade du XIIe) et gothiques (nef, chapelles). Le cloître, reconstitué lors des restaurations récentes, est bordé par des bâtiments conventuels des XIIIe, XVe et XVIIIe siècles, dont le logis des abbesses et un réfectoire gothique. Les vestiges de l’infirmerie médiévale, transformée en école au XIXe siècle, témoignent de l’évolution fonctionnelle du site.
Protégée à plusieurs reprises (classements de 1862, 1992 et inscriptions de 1986, 1993), l’abbaye illustre près de 1 300 ans d’histoire religieuse, architecturale et sociale en Normandie. Son exemption épiscopale, accordée au XIe siècle, et son rayonnement jusqu’à la Révolution en font un site majeur du patrimoine monastique français.
Parmi les figures marquantes, Béatrice de Normandie (XIe siècle) et Louise de L’Hospital (XVIIe siècle) ont joué un rôle clé dans son développement. Catherine-Angélique d’Orléans, fille naturelle d’Henri II de Longueville, y vécut au XVIIe siècle. Les armes de l’abbaye (de gueules à une crosse d’or sur une montagne d’argent) symbolisent son statut royal et religieux.