Origine et histoire de l'Abbaye
L'abbaye Saint-Hydulphe de Moyenmoutier, fondée vers 671 par saint Hydulphe, fut l’un des premiers monastères bénédictins des Vosges. D’abord ermitage, elle devint une abbaye prospère sous la protection des rois d’Austrasie puis de Charlemagne. Son influence s’étendit grâce à des miracles, comme la guérison de sainte Odile, et à des dons comme ceux du duc d’Alsace Etichon-Adalric, qui offrit des terres en Alsace.
Au IXe siècle, l’abbaye fut pillée par les Hongrois et transformée en chapitre de chanoines séculiers. Elle renaît au Xe siècle sous l’impulsion de l’abbé Adalbert, qui rétablit la règle bénédictine, canonisa saint Hydulphe et reconstruit les bâtiments. La bibliothèque, fondée dès 950, devint un centre intellectuel majeur, abritant des manuscrits rares comme l’Évangéliaire pourpre ou le Glossaire d’Épinal, considéré comme le premier « dictionnaire européen ».
Sous les ducs de Lorraine, l’abbaye connut des périodes fastes (XIe–XIIe siècles) et des crises, comme les conflits avec ses avoués, les sires de Haute-Pierre, ou la peste. Au XVIIe siècle, la Congrégation de Saint-Vanne et Saint-Hydulphe, dirigée par Dom Calmet, redonna vie à la communauté. L’apogée culturelle eut lieu sous l’abbé Humbert Belhomme (1705–1727), qui reconstruit l’abbaye, enrichit la bibliothèque (11 000 volumes) et fonda une académie des sciences.
La troisième abbaye, édifiée entre 1767 et 1776 par l’architecte Ambroise Pierson, est un joyau baroque lorrain. Classée Monument Historique, elle fut épargnée par la Révolution, mais ses moines quittèrent les lieux en 1791. Transformée en filature textile au XIXe siècle, elle employa jusqu’à 800 ouvriers. Les bâtiments conventuels, partiellement détruits, furent rachetés par la commune en 1989. Depuis 2016, des jardins à la française et des restaurations redonnent au site son éclat.
Aujourd’hui, l’abbatiale baroque, avec ses stalles du XVIIe siècle, son orgue classé et ses reliquaires, coexiste avec les vestiges industriels. La bibliothèque, en attente de restauration, et les jardins rappellent son double héritage monastique et ouvrier. Le site, en cours de reconversion, pourrait accueillir un musée et des espaces culturels, tout en préservant la mémoire de ses 1 300 ans d’histoire.