Origine et histoire de l'Abbaye
L’abbaye de Munster, dite aussi abbaye Saint-Grégoire, est fondée vers 660 dans la vallée alsacienne, à la confluence de la Petite et de la Grande Fecht. Bien que des moines aient pu s’y établir dès 633, sa création officielle vise à rechristianiser une région en déclin spirituel depuis la chute de Rome. Soutenue par les rois francs comme Childéric II et Louis le Pieux, elle s’étend considérablement au IXe siècle, couvrant une grande partie de la vallée et bénéficiant de donations royales.
Au Moyen Âge, l’abbaye devient un enjeu de pouvoir entre les évêques de Bâle, ceux de Strasbourg et les empereurs du Saint-Empire. Son déclin s’amorce dès le XIIIe siècle, marqué par des conflits internes, un relâchement de la règle bénédictine et l’hostilité croissante des habitants, convertis au protestantisme au XVIe siècle. La guerre des Paysans et les querelles avec la ville libre de Munster (devenue indépendante en 1287) aggravent sa situation, jusqu’à sa quasi-disparition à la veille de l’annexion alsacienne par Louis XIV.
L’abbaye renaît au XVIIe siècle grâce à son rattachement à la Congrégation de Saint-Vanne et Saint-Hydulphe en 1659. Les moines reconstruisent les bâtiments et en font un centre intellectuel régional au XVIIIe siècle, accueillant des figures comme l’abbé Charles Marchant ou le théologien Augustin Calmet. La Révolution française met fin à cette renaissance : l’abbaye est dissoute en 1790, ses biens confisqués, et son église abbatiale détruite en 1802. Les vestiges restants, dont le logis abbatial et des ruines du cloître, sont inscrits aux monuments historiques en 1990.
Les origines de l’abbaye restent floues en raison de sources tardives (XIIe siècle) et contradictoires. Les Annales de Munster évoquent une première installation monastique en 633, suivie d’une fondation officielle vers 660, mais ces récits, enrichis au fil des siècles (moines bénédictins au XVIe siècle, origines irlandaises au XIXe), manquent de fiabilité. Les fouilles archéologiques et les études récentes privilégient une fondation vers 660, sans exclure une présence monastique antérieure plus en amont de la vallée.
Le domaine abbatial, constitué entre le VIIe et le IXe siècle, s’étend initialement sur la vallée de la Fecht et plusieurs villages alsaciens, ainsi que des terres en Lorraine et dans le Brisgau. Cependant, les conflits médiévaux (Grand Interrègne, rivalités entre seigneurs) réduisent progressivement ses possessions. À la fin du XIIIe siècle, l’abbaye a perdu la plupart de ses biens hors d’Alsace, et son autorité sur Munster est contestée par la ville, devenue libre d’Empire. Malgré une brève renaissance au XIVe siècle sous l’abbé Marcquart, qui rétablit la discipline monastique, son déclin s’accélère avec la Réforme et les guerres.
Les bâtiments conventuels, plusieurs fois reconstruits après des incendies (1182, 1348, 1446), sont presque entièrement détruits après la Révolution et la Première Guerre mondiale. Seuls subsistent aujourd’hui le logis abbatial, des vestiges du cloître (galeries sud et ouest partiellement conservées) et des traces archéologiques de l’église abbatiale, fouillée à partir des années 1960. Le site, acquis par la ville de Munster en 1988, fait l’objet depuis les années 2020 d’un projet de valorisation après des décennies d’abandon.