Origine et histoire de l'Abbaye de Munster
Le Fronhof de l’abbaye de Munster, situé à Turckheim, était la cour domaniale gérant les biens de l’abbaye bénédictine dans la région. Attesté depuis le XIIIe siècle, ce complexe médiéval comprenait un bâtiment d’habitation, une exploitation agricole et une chapelle dédiée à sainte Catherine. Les vestiges les plus anciens, peut-être du XIIIe siècle, subsistent dans les sous-sols du logis nord, tandis que des agrandissements majeurs interviennent au XVIe siècle, comme l’ajout d’un cellier voûté en sous-sol et la surélévation du rez-de-chaussée.
Au XVIIIe siècle, le site connaît un renouveau architectural marqué : les ouvertures (fenêtres, portes) sont refaites, dont une porte datée de 1731, et l’intérieur est entièrement repensé (escalier à balustres, boiseries, cheminées, poêles). Une grange en pan de bois et un pigeonnier (dont il reste des traces) sont également construits durant cette période. Le domaine, saisi comme bien national en 1790, est vendu à des particuliers, mettant fin à son usage religieux.
Parmi les éléments remarquables, un puits datant de 1489 orne la cour, tandis qu’un papier peint des années 1820 dans le salon raconte l’histoire de Joseph, témoignant de l’évolution des lieux après la Révolution. La maison accolée (1, impasse des Boulangers) porte des écus et la date 1560, suggérant un lien avec l’abbaye. Classée partiellement aux monuments historiques en 1990, l’ancienne cour domaniale conserve des traces de ses 800 ans d’histoire, mêlant héritage médiéval, Renaissance et classicisme.
L’abbaye de Munster jouait un rôle central dans l’économie locale, administrant terres et ressources via le Fronhof. Sa transformation au fil des siècles reflète les bouleversements politiques (Révolution) et artistiques (baroque, néoclassicisme), tout en préservant des vestiges rares comme la chapelle sainte Catherine ou les structures du XIIIe siècle. Aujourd’hui, le site illustre l’architecture civile et religieuse alsacienne, entre patrimoine bénédictin et adaptations laïques.