Origine et histoire de l'Abbaye de Pairis
L'abbaye de Pairis, fondée en 1138 par le comte Ulrich de Ferrette, était une abbaye cistercienne située dans le vallon de Noirupt, près d’Orbey en Alsace. Peuplée de moines venus de Lucelle, elle bénéficia de dons fonciers importants, comme les domaines entre le lac Blanc et le lac Noir, ainsi que des privilèges impériaux exemptant ses biens de taxes. L’abbaye connut une activité agricole et littéraire florissante, tout en entretenant des relations harmonieuses avec les habitants d’Orbey.
Au XIIe siècle, l’abbé Martin participa à la quatrième croisade (1204) et rapporta des reliques de Constantinople, dont des fragments de la Vraie Croix. Ces objets sacrés, décrits dans le récit Historia Constantinopolitana par le moine Gunther, furent ensuite transférés à Kaysersberg. L’abbaye posséda aussi des vignobles renommés, comme le Kaefferkopf à Ammerschwihr, et une chapelle dédiée à sainte Barbe à Mittelwihr, agrandie en 1507.
À partir du XVe siècle, Pairis déclina sous l’influence des seigneurs de Ribeaupierre, partisans de la Réforme. Pillée par les Rustauds en 1525 et ravagée pendant la guerre de Trente Ans, elle fut temporairement unie à l’abbaye de Maulbronn. Reconstruite au XVIIIe siècle, elle fut vendue comme bien national en 1790. Ses vestiges, dont le portail du XVIIe siècle, abritent depuis 1849 un hôpital, aujourd’hui un EHPAD.
Parmi les reliques artistiques, une croix processionnelle du XIIe siècle, attribuée à l’école mosane et conservée à Orbey, témoigne de son rayonnement passé. Les manuscrits liturgiques de l’abbaye, comme l’Enixa est puerpera (XIIe siècle), sont aujourd’hui préservés à la bibliothèque de Colmar. Le site, inscrit aux monuments historiques en 1929, mêle ainsi mémoire médiévale et usage contemporain.
Les fouilles archéologiques de 1997 ont révélé des vestiges de l’église abbatiale, détruite après un incendie en 1753. Le dernier abbé, Antoine Delort, quitta les lieux en 1791 avec les neuf moines restants. Le domaine, transformé en usine textile puis en ferme, devint un hospice en 1849, marquant sa reconversion durable au service de la communauté locale.