Frise chronologique
1204
Fondation de l’abbaye
Fondation de l’abbaye
1204 (≈ 1204)
Création par Mathilde de Garlande, épouse de Mathieu de Marly.
1214
Autonomie du monastère
Autonomie du monastère
1214 (≈ 1214)
Élection de la première abbesse, Éremberge.
1609
Réforme d’Angélique Arnauld
Réforme d’Angélique Arnauld
1609 (≈ 1609)
Rétablissement de la clôture et des biens communs.
1656
Début de la controverse janséniste
Début de la controverse janséniste
1656 (≈ 1656)
Condamnation d’Antoine Arnauld par la Sorbonne.
1709
Expulsion des religieuses
Expulsion des religieuses
1709 (≈ 1709)
Dernières moniales chassées sur ordre royal.
1710-1711
Destruction de l’abbaye
Destruction de l’abbaye
1710-1711 (≈ 1711)
Démolition par explosifs et dispersion des pierres.
Aujourd'hui
Aujourd'hui
Aujourd'hui
Aujourd'hui (≈ 2025)
Position de référence.
Patrimoine classé
Les bâtiments de la ferme actuelle des Granges de Port-Royal, à l'exclusion des parties classées (cad. A 66) : inscription par arrêté du 18 mars 1980 - L'ensemble des parties bâties et non bâties, en totalité (cad. A 14 à 17, 37 à 54, 61 à 68, 181) : classement par arrêté du 10 octobre 2008
Personnages clés
| Mathilde de Garlande - Fondatrice |
Épouse de Mathieu de Marly, initiatrice du monastère. |
| Angélique Arnauld - Abbesse réformatrice (1602-1630) |
Auteure de la *Journée du Guichet* et figure du jansénisme. |
| Antoine Arnauld - Théologien janséniste |
Condamné par la Sorbonne en 1656. |
| Blaise Pascal - Philosophe et scientifique |
Auteur des *Provinciales*, retiré aux Granges. |
| Philippe de Champaigne - Peintre officiel |
Auteur de portraits des religieuses et de *La Cène*. |
| Louis XIV - Roi de France |
Ordonne la destruction de l’abbaye en 1709. |
Origine et histoire
L’abbaye de Port-Royal des Champs, fondée en 1204 par Mathilde de Garlande, épouse d’un croisé, s’implante dans le vallon du « Porrois » (futur « Port-Royal »), près des Vaux-de-Cernay. Ce monastère cistercien féminin, d’abord dépendant de l’abbaye masculine voisine, gagne son autonomie en 1214 avec l’élection de sa première abbesse, Éremberge. Son architecture gothique sobre, typique de l’ordre, inclut une église à nef unique, un cloître, et des étangs alimentés par le Rhodon, reflétant l’idéal cistercien d’humilité et de retrait du monde.
Au XVIIe siècle, Port-Royal devient un foyer intellectuel et spirituel majeur sous l’impulsion d’Angélique Arnauld (abbesse de 1602 à 1630), qui réforme le monastère dans la lignée du concile de Trente. Le site attire les « Solitaires », hommes pieux comme Antoine Le Maistre ou Blaise Pascal, qui y trouvent une « thébaïde » propice à la méditation. Cependant, son association avec le jansénisme – doctrine théologique controversée – et son opposition aux jésuites valent à l’abbaye des persécutions croissantes sous Louis XIV.
La controverse janséniste culmine en 1661 avec l’interdiction d’accueillir des novices, puis en 1709 avec l’expulsion des 22 dernières religieuses. Malgré des résistances symboliques, comme le refus de signer le Formulaire d’Alexandre VII, l’abbaye est rasée en 1710-1711. Ses pierres sont dispersées, mais le site, classé monument historique, devient un lieu de mémoire et de pèlerinage. Aujourd’hui, il abrite un musée national dans les anciennes Granges, dernier vestige des bâtiments du XVIIe siècle.
Le domaine, marqué par des étangs, un colombier médiéval et les fondations de l’église, illustre l’héritage à la fois architectural et spirituel de Port-Royal. Son histoire, liée à des figures comme Pascal, Racine ou Philippe de Champaigne (dont les tableaux ornent le musée), en fait un symbole de la lutte entre pouvoir royal et liberté de conscience. Les ruines, préservées depuis le XIXe siècle par des sociétés savantes, attirent toujours chercheurs et visiteurs.
L’abbaye tire sa richesse initiale de terres agricoles et forestières (fermes des Granges, seigneurie de Mondeville), transformées en rentes puis en prêts, fonctionnant presque comme une banque. Au XVe siècle, la guerre de Cent Ans et les épidémies affaiblissent la communauté, avant une renaissance au XVIIe siècle sous les Arnauld. La paix de l’Église (1668-1679) offre un répit, mais la reprise des persécutions aboutit à sa fermeture définitive.
Depuis 2004, l’État gère les deux sites (ruines et Granges) via un groupement d’intérêt public. Le musée expose des œuvres de Champaigne, des manuscrits jansénistes, et des objets liés aux Solitaires. Les jardins, partiellement restaurés, évoquent le verger historique, tandis que des fouilles archéologiques précisent l’emplacement des bâtiments disparus.