Origine et histoire de l'Abbaye de Saint-Acheul
L’abbaye de Saint-Acheul, située dans le quartier éponyme d’Amiens, trouve ses origines au IIIe siècle avec le martyre de saint Firmin, premier évêque de la ville, dont la dépouille fut ensevelie sur ce site, alors nommé Abladène. Au Ve siècle, les martyrs Ache et Acheul y furent également inhumés, renforçant la sacralité du lieu. Ces traditions religieuses posèrent les fondations spirituelles du futur établissement monastique.
Au XIe siècle, l’évêque Roric y installa une communauté de chanoines réguliers augustins, marquant la fondation officielle de l’abbaye. Ces religieux édifièrent un premier monastère, dont l’église, reconstruite après des effondrements, devint l’actuelle église Saint-Acheul. Le site devint un haut lieu de pèlerinage lié à saint Firmin, dont le tombeau, redécouvert miraculeusement, est toujours vénéré dans la crypte.
L’abbaye connut une reconstruction majeure aux XVIIe–XVIIIe siècles, adoptant un style classique et jésuite après sa reprise par cette congrégation au XIXe siècle. L’église, caractéristique avec sa nef unique, ses contreforts à consoles renversées et sa façade ornée de pilastres, fut classée monument historique en 1969. Après la Révolution, elle devint une église paroissiale, tandis que les bâtiments abbatiaux abritent aujourd’hui un collège privé.
L’intérieur conserve un riche décor jésuite du XVIIIe siècle, incluant un maître-autel attribué à Charles Cressent, des lambris sculptés, et des orgues du XXe siècle (Van Bever, 1901). Le caveau sous le chœur renferme la tombe présumée de saint Firmin, entourée de sarcophages et de bas-reliefs du XVe siècle illustrant sa vie. Ces éléments témoignent de la continuité cultuelle du site, du IIIe siècle à nos jours.
L’abbaye incarne ainsi huit siècles d’histoire religieuse amiénoise, mêlant légendes hagiographiques, architecture augustine puis jésuite, et un rôle social persistent : éducation (collège) et culte paroissial. Son inscription comme monument historique souligne sa valeur patrimoniale, à la fois archéologique, artistique et spirituelle.