Origine et histoire de l'Abbaye de Saint-Benoît-en-Woëvre
L’abbaye de Saint-Benoît-en-Woëvre est fondée en 1128 par Airard, fils du comte Hugues de Rinel, et son épouse, dans la forêt de Richardménil. Initialement bénédictine et dédiée à saint Benoît de Nursie, elle devient cistercienne en 1132 sous la filiation de Morimond. Les papes Eugène III (1147) et Lucius III (1182) confirment ses possessions par des bulles pontificales. L’abbé Lambaud (attesté en 1147 et 1182) marque cette période médiévale, où les moines transforment les marécages en étangs et fondent des granges agricoles.
Au XVIIe siècle, l’abbaye décline : en 1680, seuls cinq moines y résident, et l’abbé Michel Guiton, résidant à Metz, mène une vie mondaine avant de se retirer comme moine trappiste. Au XVIIIe siècle, l’abbé Jacques-François de Collenel (1740) entreprend une reconstruction ambitieuse, édifiant un palais abbatial de style classique avec une église de 50 mètres, une coupole et des décors luxueux. Cependant, les dettes s’accumulent, aggravées par l’abbé commendataire Stanislas Alliot (nommé en 1746 à 15 ans), qui hypothèque les biens en 1776.
La Révolution ferme l’abbaye en 1789 : les quatre derniers moines sont chassés, l’église détruite, et les biens vendus comme biens nationaux pour 838 575 francs. Classée monument historique en 1913, l’abbaye est rasée lors de la bataille de Saint-Mihiel (1918), après avoir servi de poste de commandement allemand. Seul subsiste aujourd’hui la façade du bâtiment conventuel de 1740, témoin de son faste passé.
L’abbaye était stratégiquement située à la limite des évêchés de Verdun et Metz, près de la LGV Est européenne et des étangs de Vigneulles. Ses possessions s’étendaient sur des dizaines de villages (fermes, dîmes, étangs), confisquées à la Révolution. Parmi ses abbés notables, Jean de la Ruelle (1709–1735) lance les travaux de reconstruction, tandis que Stanislas Alliot incarne son déclin financier.
Architecturalement, l’abbaye du XVIIIe siècle mêlait classicisme et Renaissance, avec des sculptures ornant la façade et des intérieurs richement décorés (salles sculptées, église à coupole). Les ruines, protégées par des arrêtés de 2024 et 2025, incluent les vestiges de l’aile ouest et l’assiette du palais abbatial. Le site, aujourd’hui propriété communale et privée, rappelle son rôle historique dans le paysage religieux et économique lorrain.