Frise chronologique
819
Première mention écrite
Première mention écrite
819 (≈ 819)
Abbaye fondée par Sentimirus.
981
Reconstruction après saccage
Reconstruction après saccage
981 (≈ 981)
Acte royal de Lothaire pour rétablissement.
1153
Consécration de l'église agrandie
Consécration de l'église agrandie
1153 (≈ 1153)
Apogée architectural médiéval.
1271
Achèvement du cloître en marbre
Achèvement du cloître en marbre
1271 (≈ 1271)
Style roman tardif avec faune sculptée.
1789
Expulsion des moines à la Révolution
Expulsion des moines à la Révolution
1789 (≈ 1789)
Bâtiments deviennent biens nationaux.
1986-1994
Restauration et retour partiel du cloître
Restauration et retour partiel du cloître
1986-1994 (≈ 1990)
Reconstitution grâce à pièces rapatriées.
Aujourd'hui
Aujourd'hui
Aujourd'hui
Aujourd'hui (≈ 2025)
Position de référence.
Patrimoine classé
Eglise (cad. A 541) : classement par arrêté du 28 septembre 1966
Personnages clés
| Sentimirus - Fondateur et premier abbé |
Mentionné dans l’acte de 819. |
| Lothaire - Roi carolingien |
Ordone la reconstruction en 981. |
| Dame Alisende - Bienfaitrice de l’abbaye |
Testament de 1187 pour inhumation. |
| Paul Gouvert - Antiquaire parisien |
Acheteur et démantèleur du cloître (1924). |
Origine et histoire
L’abbaye de Saint-Génis-des-Fontaines, fondée au VIIIe ou début IXe siècle par l’abbé Sentimirus, est mentionnée pour la première fois en 819. Détruite par des raids (probablement normands), elle est reconstruite grâce à un acte royal de Lothaire en 981, marquant son renouveau sous la protection des comtes du Roussillon puis des rois d’Aragon. L’église, agrandie et consacrée en 1153, illustre son apogée médiéval, tandis qu’un cloître en marbre, achevé en 1271, est ajouté au XIIIe siècle.
La Révolution française chasse les moines en 1789, et les bâtiments deviennent propriétés privées ou nationales. Le cloître, démantelé au XXe siècle, est en partie vendu à des antiquaires : des éléments originaux partent aux États-Unis (Philadelphia Museum of Art) ou au Louvre, tandis que des copies sont réalisées. Dans les années 1980, une campagne de restauration permet son retour partiel sur site, grâce au rachat des pièces des Mesnuls (Yvelines) et à des clichés anciens.
L’église abbatiale, classée monument historique en 1966, conserve un plan roman typique (nef unique, transept à trois absides) et des retables baroques. Sa façade est célèbre pour son linteau en marbre blanc, plus ancienne sculpture romane datée (début XIe siècle). Les ossuaires et pierres tombales, comme celle de dame Alisende (1187), témoignent de son rôle funéraire pour les élites locales.
Le déclin de l’abbaye, amorcé avant la Révolution, s’accélère avec sa sécularisation. Les bâtiments conventuels, divisés entre propriétaires privés, abritent aujourd’hui des habitations. Seul le quart sud-est du cloître, classé en 1924, avait échappé à la dispersion. Les travaux des années 1980-1994 ont permis de reconstituer partiellement cet ensemble, en combinant pièces originales, copies et éléments neufs sculptés dans le marbre local.
Les chapiteaux du cloître, au style « roman tardif » (1250-1260), se distinguent par leurs reliefs anguleux et leurs méplats, peut-être destinés à être peints. Ils représentent une faune locale (tortue, rat, hibou) et contrastent avec le raffinement d’autres abbayes catalanes comme Serrabone. L’usage de marbres polychromes, typique de la région, renforce leur originalité.
Aujourd’hui, l’abbaye incarne un patrimoine hybride : lieu de culte (église paroissiale), vestige monastique et symbole des aléas de la conservation. Son histoire reflète les bouleversements politiques (Roussillon aragonais puis français), les mutations religieuses (Révolution, sécularisation) et les défis de la préservation du patrimoine face au marché de l’art.