Origine et histoire de l'Abbaye de Saint-Julien
L’abbaye Saint-Julien de Tours trouve ses origines au début du VIe siècle, lorsque Clovis Ier, après sa victoire à Vouillé en 507, fit ériger un oratoire dédié à Notre-Dame entre la cathédrale et la basilique Saint-Martin. Ce lieu de prière, situé sur un ancien chemin longeant la Loire, devint un pôle d’attraction pour des moines venants d’Auvergne. Vers 575, Grégoire de Tours y installa une communauté bénédictine en y déposant des reliques de saint Julien, donnant naissance à l’abbaye.
Au IXe siècle, l’abbaye fut détruite par les raids normands (853), puis reconstruite sous l’impulsion de l’archevêque Théotolon au Xe siècle. Ce dernier y établit la règle de saint Benoît, fit bâtir une première église abbatiale (consacrée en 943) et y attira des moines clunisiens. Les siècles suivants virent l’abbaye s’enrichir de terres agricoles et de privilèges, comme l’exemption fiscale, tout en subissant des conflits internes et des dégâts collatéraux, comme lors du siège de Tours par Geoffroy Martel en 1043.
La reconstruction majeure de l’abbatiale intervint au XIe siècle sous l’abbé Gerbert, dans un style roman, avec un clocher-porche caractéristique. Le XIIe siècle marqua l’apogée de Saint-Julien, qui étendit son influence en Touraine et fonda des prieurés affiliés. Cependant, une tempête en 1224 détruisit la nef, entraînant sa reconstruction en style gothique (1243–1259). L’abbaye devint alors un complexe monumental délimité par les rues Colbert, Voltaire et les bords de Loire, jouant un rôle clé dans l’urbanisation de Tours.
À partir du XIVe siècle, l’abbaye entra en déclin : le nombre de moines diminua, et les abbés commendataires (à partir de 1540) négligèrent la discipline bénédictine. Les guerres de Religion et la Révolution française accélérèrent sa décadence. En 1790, les moines furent dispersés, et les bâtiments vendus comme biens nationaux en 1798–1799. L’église, transformée en relais de poste en 1816, fut sauvée in extremis par son classement aux Monuments Historiques en 1840, puis restaurée au XIXe siècle.
Les destructions de la Seconde Guerre mondiale (1940 et 1944) endommagèrent gravement le clocher, la nef et les bâtiments monastiques. Depuis 1960, des campagnes de restauration ont permis de préserver l’église, la salle capitulaire (devenue salle d’expositions), les celliers (abritant le Musée des vins de Touraine) et le dortoir des clercs (Musée du Compagnonnage). Aujourd’hui, l’abbaye Saint-Julien, bien que partiellement disparue, reste un témoignage exceptionnel du patrimoine religieux tourangeau, des origines mérovingiennes à l’architecture gothique.