Origine et histoire de l'Abbaye
L'abbaye Saint-Marcel-lès-Chalon, située à Saint-Marcel près de Chalon-sur-Saône en Saône-et-Loire, est une ancienne abbaye bénédictine rattachée à Cluny à la fin du Xe siècle, puis devenue prieuré. La première mémoire du lieu tient au martyr du diacre Marcel, victime d'un supplice et vénéré sur le site, où un oratoire fut élevé. Entre 577 et 579, le roi Gontran fit édifier une abbaye pour y être inhumé auprès du saint ; cet édifice primitif, construit par des moines venus de l'abbaye d'Agaune, n'a pas laissé de vestiges conservés. L'établissement fut ravagé lors des raids sarrazins du VIIIe siècle et passa ensuite sous l'autorité des évêques de Chalon, Charlemagne renouvelant ses privilèges, dont l'immunité, en 779. Le monastère ayant évolué en chapitre, les moines furent remplacés par des chanoines sous l'autorité des comtes de Chalon, dont Guérin de Provence. Le pape Jean VIII séjourna à l'abbaye en 878 ; la région souffrit par la suite d'invasions normandes et, en 882, un concile tenu à Saint-Marcel confirma ses biens et le droit des moines à élire leur abbé. La vallée de la Saône subit encore des dévastations lors de l'invasion hongroise de 937. Avant 987 Geoffroy Ier d'Anjou donna l'abbaye à Cluny : Saint-Marcel devint alors prieuré clunisien et le resta jusqu'à la Révolution, qui entraîna la dispersion de ses biens. Le 5 mai 999, Hugues, fils de Lambert comte de Chalon et évêque d'Auxerre, fit au monastère une donation en présence du roi, du duc et de plusieurs évêques. Aux XIIIe et XIVe siècles et plus tard, des décisions papales et pontificales réglèrent la perception des décimes ; en 1318 les moines furent remplacés par des bénédictins anglais. En 1462 le cardinal Jean Rolin accorda une charte d'affranchissement aux habitants, confirmée par Philippe le Bon le 27 octobre 1462, les habitants restant soumis à une corvée de bois pour le prieuré.
L'église actuelle, construite aux XIIe et XIIIe siècles sur des vestiges de la basilique gontranienne, a été restaurée au XIXe siècle puis au début des années 2000. Orientée à chevet plat, elle présente des chapelles entourant un transept aux bras non saillants ; la nef centrale compte cinq travées soutenues par des piliers carrés à colonnes engagées, grandes arcades brisées, fenêtres hautes et voûtes d'ogives, tandis que les bas-côtés sont voûtés en arêtes. Le porche occidental est surmonté d'un clocher carré élevé sur deux niveaux, qui abrite au premier étage la chapelle haute dédiée à saint Michel ornée de peintures médiévales ; la croisée est voûtée en ogives avec clés peintes et les chapiteaux sont sculptés de feuilles d'eau et de crochets. L'office y était, à l'origine, célébré en permanence (laud-perennis). L'église est classée monument historique sur la liste de 1862.
Le clocher principal, très remanié et attribué au cardinal-prieur Jean Rolin, fut endommagé à la Révolution et reconstruit en deux niveaux en 1890 ; il porte quatre cloches, un médaillon de la Fédération des sites clunisiens et des remplois de pierre et brique dans ses murs. Un second clocher, dit des Moines, s'élevait à la croisée du transept mais fut détruit pendant la Révolution. La porte d'entrée à deux battants s'ouvre sur la nef ; au sol se trouve un sarcophage gallo-romain dit de Maritus découvert dans la nécropole voisine, et la façade porte sur son fronton une représentation du Martyre de saint Marcel datée de 1736. À l'intérieur, le chœur présente un autel en marbre de porphyre, un reliquaire de saint Marcel soutenu par deux anges (le reliquaire original de Guillaume Boichot ayant disparu) et un socle en porphyre provenant de La Ferté ; on y trouve aussi une inscription romane du XIe siècle, niches liturgiques et des stalles et boiseries du XVIIIe siècle.
Le collatéral sud rassemble, par travée, plusieurs éléments commémoratifs et liturgiques : une plaque rappelant le passage de deux papes, une inscription romane relative à des reliques, le Martyre de saint Laurent, le banc des maires et des fabriciens chargés de la gestion des biens paroissiaux réunissant plusieurs communes, une plaque à la mémoire de Pierre Abélard qui mourut ici le 21 avril 1142 surmontée d'une Résurrection de Lazare par Guillaume Boichot, et une chapelle ouverte au XIVe siècle restaurée en 1877, dédiée à saint Marcel, où figurent un bâton de procession de saint Isidore et un grand retable du XVIIe siècle représentant la Descente de la Croix. Dans le collatéral nord se situent les fonts baptismaux accompagnés d'un panneau réalisé par des jeunes de la paroisse retraçant l'évangélisation de la Gaule, des plaques commémoratives des victimes des deux dernières guerres et des bienfaiteurs de la restauration de 1877, ainsi qu'un orgue construit par Curt Schwendekel vers 1965.
Les transepts abritent plusieurs œuvres et chapelles : le transept sud comprend la chapelle de la Vierge avec une Vierge à l'Enfant et une toile de Guillaume Boichot représentant la première prédication de saint Pierre ; le transept nord présente la Flagellation de saint Marcel par François Devosge et la chapelle Saint-Marcel, qui constitue l'une des parties les plus anciennes, avec une absidiole à voûte en cul-de-four polygonale soulignée par trois grosses nervures, une statue en bois du XVIIIe siècle, une grille entourant un puits lié au martyre et une sculpture de l'Annonciation encadrée par deux statues dont sainte Catherine.
Les bâtiments conventuels ont été détruits entre 1793 et 1795. La chapelle Notre-Dame, édifiée dans l'ancien cloître, reçut la première sépulture d'Abélard ; son cénotaphe fut déplacé, détourné d'usage pendant la Révolution puis repris et intégré au monument funéraire d'Héloïse et Abélard transféré au cimetière du Père-Lachaise en 1817. Le cimetière primitif livre également la présence d'un sarcophage gallo-romain et de sépultures notables, parmi lesquelles celles de saint Marcel (année indiquée 177), de saint Agricole (580), du roi Gontran (mort le 28 mars 592) et de Pierre Abélard (décédé le 21 avril 1142).
La devise du prieuré est « d'or à quatre barres de gueules ». La succession des abbés, prieurs et recteurs est documentée depuis 592, avec des noms tels qu'Apollinaire (592), Huebertus (779), Garinus/Guérin (835), et, à la période moderne, Jean Rolin comme cardinal-prieur (1431-1481), Jean VI Rolin évêque-prieur (1481-1501), Antoine de la Mark (vers 1520) et Alexandre de Foudras de Châteaudier (1700). Parmi les personnalités liées à l'abbaye figurent le pape Jean VIII en 878, Robert II de France, Odilon de Cluny et Henri Ier de Bourgogne en 999 lors d'une donation, la mort de Pierre Abélard en 1142 et la présence du pape Pie VII en 1805 après le sacre de Napoléon Ier.
Les archives du prieuré sont riches de chartes et d'un cartulaire abondant ; ce dernier a été publié par Paul Canat de Chizy en 1894 et fait l'objet d'études modernes, dont une édition anglo-saxonne. Enfin, la Fédération des sites clunisiens a reçu en octobre 2005 la mention « Grand itinéraire du Conseil de l'Europe », distinction accordée par le Conseil de l'Europe aux itinéraires culturels.