Frise chronologique
878
Fondation après la crue de la Têt
Fondation après la crue de la Têt
878 (≈ 878)
Destruction de Saint-André d'Eixalada, refuge à Cuxa.
950
Privilège d'immunité pontificale
Privilège d'immunité pontificale
950 (≈ 950)
L'abbaye relève directement du pape.
956-975
Construction de l'église préromane
Construction de l'église préromane
956-975 (≈ 966)
Édifice majeur sous Sunifred II de Cerdagne.
XIe siècle
Transformations par l'abbé Oliba
Transformations par l'abbé Oliba
XIe siècle (≈ 1150)
Ajout des églises superposées et clochers.
XIIe siècle
Construction du cloître roman
Construction du cloître roman
XIIe siècle (≈ 1250)
Naissance de la sculpture roussillonnaise.
1791
Vente comme bien national
Vente comme bien national
1791 (≈ 1791)
Début du déclin et démantèlement.
1950-1955
Restauration partielle du cloître
Restauration partielle du cloître
1950-1955 (≈ 1953)
Reconstruction avec éléments récupérés.
Aujourd'hui
Aujourd'hui
Aujourd'hui
Aujourd'hui (≈ 2025)
Position de référence.
Patrimoine classé
L'ensemble comprenant : église abbatiale, son clocher et l'arcade à corniche remontée sur la face Nord de l'édifice ; cloître et son aire ; bâtiments situés à l'Ouest du cloître ; crypte ; restes de la chapelle située au-dessus de la crypte ; terrains dépendant de l'ancienne abbaye délimités par un trait rouge sur le plan annexé à l'arrêté (cad. B 366, 76, 77) : classement par arrêté du 15 avril 1958
Personnages clés
| Sunifred II de Cerdagne - Comte de Cerdagne |
Commanditaire de l'église préromane (956). |
| Garin (Warinus) - Abbé réformateur (965-1000) |
Introduit la réforme clunisienne à Cuxa. |
| Oliba de Besalú - Abbé et évêque (1008-1046) |
Grand bâtisseur, symbolique architecturale. |
| Grégoire - Abbé puis archevêque (1130-1146) |
Constructeur du cloître roman. |
| George Grey Barnard - Sculpteur et collectionneur |
Acquiert des chapiteaux pour New York. |
| Pablo Casals - Musicien et fondateur du festival |
Inaugure le festival en 1950. |
Origine et histoire
L’abbaye de Saint-Michel de Cuxa, fondée au IXe siècle après la destruction du monastère de Saint-André d'Eixalada par une crue en 878, s’implante sur un site occupé par une église dédiée à saint Germain. Sous l’impulsion des comtes de Cerdagne-Conflent, notamment Sunifred II, l’abbaye se développe et obtient en 950 le privilège d’immunité pontificale. L’église abbatiale, construite à partir de 956, devient un chef-d’œuvre préroman, tandis que l’arrivée de l’abbé Garin, moine clunisien, introduit une réforme monastique et renforce son rayonnement spirituel et politique.
Au XIe siècle, l’abbé Oliba, figure majeure de la Catalogne médiévale, transforme profondément le monastère en ajoutant deux églises superposées (la crypte de la Crèche et l’oratoire de la Trinité) et en érigeant les clochers lombards. Ces constructions reflètent une symbolique théologique complexe, mêlant architecture et spiritualité. Le cloître, édifié au XIIe siècle sous l’abbé Grégoire, marque l’apogée de la sculpture romane roussillonnaise, avec ses chapiteaux en marbre rose ornés de motifs végétaux et animaux.
Après des siècles de déclin marqué par l’abandon de la vie commune au XVIe siècle et la vente comme bien national en 1791, l’abbaye tombe en ruine. Une partie de son cloître est démantelée et vendue, dont des éléments acquis par le sculpteur américain George Grey Barnard, aujourd’hui exposés au Metropolitan Museum of Art de New York. Au XXe siècle, des campagnes de restauration permettent de sauver l’église abbatiale et de reconstituer partiellement le cloître, tandis que l’abbaye redevient un lieu de vie monastique et culturel, accueillant notamment le Festival Pablo Casals depuis 1957.
L’architecture de Cuxa illustre la transition entre les styles préroman et roman, avec une nef à collatéraux, un transept saillant et des absidioles semi-circulaires. Le clocher sud, seul subsistant, avec ses bandes lombardes et ses baies jumelées, témoigne de l’influence lombarde. Les chapiteaux du cloître, sculptés dans le marbre de Villefranche, représentent des motifs végétaux, des animaux réels ou fantastiques, et des scènes religieuses, reflétant l’artisanat local et les échanges culturels de l’époque.
La tribune-jubé, démolie au XVIe siècle, était un exemple rare de clôture de chœur romane, ornée de sculptures symboliques centrées sur le Christ. Les piliers de saint Pierre et saint Paul, datés de la fin du XIe siècle, montrent une influence moissagais, avec des figures auréolées et des motifs animaliers. Ces éléments, partiellement dispersés ou réutilisés, soulignent l’importance artistique et spirituelle de Cuxa dans le monachisme médiéval occitan.
Aujourd’hui, l’abbaye, propriété de la commune de Codalet, est classée monument historique. Elle abrite une communauté bénédictine et accueille des événements culturels, perpétuant son héritage à travers son architecture, ses jardins (comme celui des iris) et son rôle dans la vie locale. Les restaurations continues, initiées dès les années 1930, visent à préserver ce patrimoine exceptionnel, symbole de la richesse artistique et historique du Roussillon.