Origine et histoire de l'Abbaye
L'abbaye Saint-Michel de Saint-Mihiel, fondée en 708 ou 709 par le comte Wulfoalde et son épouse Adalsinde, fut d'abord établie sur la côte de Castellion avant d'être déplacée au bord de la Meuse vers 820 sous l'impulsion de l'abbé Smaragde, proche de Louis le Pieux. Ce dernier, entre 816 et 826, accorda cinq diplômes impériaux à l'abbaye, en faisant un centre intellectuel carolingien grâce à sa bibliothèque, reconstruite au XVIIIe siècle dans une configuration toujours visible aujourd’hui.
Au fil des siècles, l’abbaye connut plusieurs reconstructions majeures : un clocher roman et une tour-porche ottonienne (XIe siècle), une nef bénédictine (XVIe), puis des modifications aux XVIIe et XVIIIe siècles, incluant l’agrandissement du palais abbatial. La Révolution dissout l’abbaye en 1791, transformant ses bâtiments en palais de justice et prison. La bibliothèque, préservée malgré les guerres (notamment un obus français en 1915), conserve encore 8 700 ouvrages, dont 74 manuscrits et 86 incunables.
Le site abrite depuis 1998 le musée d’Art sacré de la Meuse, né d’une volonté de protéger l’orfèvrerie et les sculptures religieuses du département. Parmi ses trésors, La Pâmoison de la Vierge (avant 1532) de Ligier Richier, chef-d’œuvre en noyer autrefois peint, témoigne de l’art lorrain de la Renaissance. La tête du Christ, aujourd’hui au Louvre, proviendrait de ce groupe sculpté.
L’abbaye illustre aussi l’histoire mouvementée de la Lorraine, entre destructions (guerres, Révolution) et restaurations (notamment après 1918, lors du Saillant de Saint-Mihiel). Ses éléments protégés incluent l’église, les salles capitulaires, le cloître, et la bibliothèque avec son décor d’origine, classée Monument Historique.
Les bénédictins, érudits réputés, y constituèrent une collection éclectique : aux 3 441 livres profanes du XVIIIe siècle (histoire, sciences, droit) s’ajoutaient des manuscrits religieux. La bibliothèque, d’abord étatisée, fut confiée à la ville en 1848 avant de devenir publique. Malgré les pertes, elle reste un témoignage unique de la vie intellectuelle monastique.
L’abbaye fut aussi liée à des prieurés comme celui de Laître-sous-Amance (XIe siècle), uni à Saint-Mihiel en 1592 avant d’être vendu comme bien national. Son architecture mêle moellons, voûtes d’ogives (nef), et coupoles (chœur), reflétant ses reconstructions successives sous la direction de maîtres d’œuvre comme Marc Boulanger ou Thomas-Jean Tomas.