Origine et histoire de l'Abbaye
L’abbaye de Saint-Riquier, fondée au VIIe siècle par Riquier de Centule, fut un centre religieux et culturel majeur sous l’abbatiat d’Angilbert au IXe siècle. Après des destructions successives (incendies de 1131, 1421, 1475, et 1487), l’abbatiale gothique fut reconstruite aux XVe et XVIe siècles sous les abbés Pierre Le Prestre, Eustache Le Quieux et Thibault de Bayencourt. Les travaux, dirigés par le maître-maçon Nicolas Léveillé, redonnèrent à l’édifice son éclat, avec des voûtes gothiques, des chapelles rayonnantes et une façade occidentale richement sculptée.
Au XVIe siècle, l’abbaye subit un nouvel incendie en 1554 sous Philippe II, laissant l’église en ruines pendant près d’un siècle. Charles d’Aligre, abbé commendataire, entreprit sa restauration au XVIIe siècle en adoptant la réforme de Saint-Maur, reconstruisant les voûtes et dotant l’abbatiale d’un mobilier somptueux. Les siècles suivants virent des restaurations majeures, notamment aux XIXe et XXe siècles, avec des architectes comme François-Auguste Cheussey et Edmond Duthoit.
L’abbatiale se distingue par son architecture gothique flamboyant, avec une nef de 96 mètres, des voûtes à 24 mètres de haut, et une façade occidentale ornée de trois portails sculptés. Son intérieur abrite des stalles du XVIIe siècle, un maître-autel en marbre, et des chapelles rayonnantes décorées de boiseries et de tableaux. La salle du Trésor conserve des peintures murales du XVIe siècle, dont Le Dit des trois morts et des trois vifs, ainsi que des reliquaires et objets liturgiques.
Classée Monument Historique en 1840, l’abbatiale est aujourd’hui un témoignage exceptionnel de l’art gothique en Picardie, marqué par des siècles de reconstructions et d’enrichissements artistiques. Ses cloches, son orgue du XVIIIe siècle, et ses vitraux en font un lieu de patrimoine vivant, ouvert à la visite.
Les fouilles archéologiques de 1989 révélèrent des ossements initialement attribués à Nithard, petit-fils de Charlemagne, avant que des analyses ne contredisent cette hypothèse. Ces découvertes, exposées depuis 2012, rappellent l’importance historique de l’abbaye, liée à la dynastie carolingienne et à la vie monastique médiévale.